Le secret de l’odeur de la terre après la pluie enfin percé ?

Il est probable que, comme moi, vous vous êtes déjà précipités sur une bougie d’ambiance qui promettait de restituer dans votre bureau confiné cette délicieuse fragrance offerte par la nature : l’odeur de la terre après une pluie d’été. 

Il est probable aussi que vous vous soyez retrouvé très déçu à peine la bougie allumée, remisant la fautive dans un placard obscur et la laissant prendre la poussière pour l’éternité. En ce qui me concerne j’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé aucun parfum d’ambiance qui reproduise de façon satisfaisante cette senteur aérienne, végétale, aqueuse et terrestre à la fois.

Qu’est-ce qui rend cette odeur aussi difficile à reproduire ? Avant tout elle est complexe, mêlant des composantes végétales, minérales, aqueuses et ozoniques ainsi que des évocations de terre humides. Mais la chromatographie en phase gazeuse nous apprend qu’il y a dans la seule huile essentielle de rose damascone un nombre impressionnant de composants odorants et la parfumerie moderne sait bien approcher ces notes-là. Alors, pourquoi celle-ci échappe-t-elle encore et toujours au savoir-faire des parfumeurs ? La science, et en particulier une découverte récente du Massachusetts Institute of Technology, nous aide à comprendre une partie de cette énigme.

pétrichor1

Pour commencer, cette odeur porte un nom : le pétrichor, et personnellement le fait qu’un tel mot existe me réjouit. Ce terme a été inventé en 1964 par deux géologue Australiens, Isabel Joy Bear et Roderick G. Thomas. Il est formé à partir du grec ancien πέτρα, petra (« pierre ») et de ιχώρ, ichor (« sang, fluide »), et désigne « le liquide huileux secrété par certaines plantes puis absorbé par les sols et roches argileux pendant les périodes sèches et qui, après la pluie, dégage une odeur caractéristique en se combinant avec la géosmine » (source : Wikipedia).

On suppose que la formation de cette odeur particulière serait due à la volatilisation de substances organiques odorantes (lipides, terpènes, caroténoïdes, etc.) lorsque l’atmosphère est saturée en humidité.

Mais on vient de découvrir qu’un phénomène mécanique joue également un rôle dans la formation de l’odeur de pétrichor. Pour parvenir à cette découverte, des chercheurs du MIT  (Massachussets Institute of Technology) ont utilisé des caméras haute vitesse pour enregistrer la manière dont l’odeur se diffusait dans l’air. Pour cela, ils ont effectué près de 600 expériences sur 28 types de surfaces différentes, incluant des matériaux artificiels et des échantillons de sols.

Ces images montrent que lorsqu’une goutte de pluie tombe sur une surface poreuse, comme de la terre par exemple, elle capture de minuscules bulles d’air avant de les renvoyer immédiatement dans l’atmosphère sous forme d’une brume microscopique. Cette brume parfumée extrêmement légère, dénommée aérosol, est ensuite diffusée dans l’air par le vent. Les images ci-dessous, prises à haute vitesse, montrent ce phénomène :

 

L’étude a également montré que les gouttes de pluie qui tombent à un rythme lent tendent à produire plus d’aérosols, ce qui expliquerait pourquoi l’émanation de pétrichor est plus fréquente après les pluies légères.

Il y a donc deux actions différentes qui entrent en jeu dans la formation du pétrichor : la libération d’éléments naturels présents dans le sol à cause de la pluie qui vient frapper le sol et une action physique qui donne un « boost » à leur diffusion dans l’air. Cela expliquerait pourquoi ces senteurs emprisonnées en temps normal dans la terre se diffusent si intensément après la pluie.

Grâce à cette étude du MIT, on en sait désormais un peu plus sur la diffusion du pétrichor. En revanche, on ignore toujours pourquoi elle exerce sur notre cerveau une fascination aussi intense et aussi universelle. Mais peut-être est-là le travail des neuro-scientifiques ou des psychologues ? Ce serait en tout cas un passionnant sujet de recherche pour tous les addicts de cette odeur.

Hervé Mathieu

Odeurs de Sainteté

Récemment, j’ai fui la grisaille et l’humidité parisienne pour flâner le nez au soleil dans Florence. Entre le Palazzo Vecchio et le Musée des Offices, entre la Galeria dell’ Academia et le Duomo, le syndrome de Stendhal m’a parfois guetté. Il m’a fallu trouver un refuge en terrain familier, je suis donc parti à la recherche de la plus ancienne parfumerie du monde : la Officina Profumo di Santa Maria Novella.

Parmi l’impressionnante liste des églises de Florence, celle de Santa Maria Novella est souvent ignorée: bien qu’on affirme que c’est là que naquit le style Renaissance, il lui manque le gigantisme minéral du Duomo ou le caractère poignant de Santa Croce où sont enterrés Michel-Ange et Galilée. Et même si ses fresques peuvent rivaliser avec celles de la Basilique Saint-Marc de Venise, son emplacement dans un quartier sans attrait près de la gare fait qu’elle est boudée par les touristes.

Mais l’église de Santa Maria Novella peut s’enorgueillir d’une richesse avec laquelle aucune autre église au monde ne peut rivaliser. L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella vend en effet depuis 8 siècles des parfums qui font frissonner les amateurs de belles senteurs du monde entier.

DSC_2453L’histoire de ce lieu exceptionnel débute lorsque les Dominicains, un ordre consacré à la pauvreté et la charité, s’installèrent en 1219 à Florence. Après la mort de Saint Dominique, ses disciples entreprirent de convertir une église appelée Santa Maria delle Vigne en monastère dans ce qui était en train de devenir l’une des villes les plus riches et les plus puissantes d’Europe sous le règne éclairé des Médicis.

En 1381, les Dominicains installèrent une infirmerie à côté du monastère, utilisant des remèdes à base de plantes formulés par les moines eux-mêmes. Parmi les premiers distillats, on trouvait une essence prescrite comme antiseptique pour nettoyer les maisons après une épidémie de peste : l’eau de rose. On y trouvait également le Vinaigre des Sept Voleurs, recommandé pour soigner les femmes souffrant de « vapeurs », ou l’Acqua Antisterica, une concoction utilisée pour calmer les femmes « hystériques ». Elle est vendue aujourd’hui sous le nom plus consensuel d’Acqua di Santa Maria Novella et on la conseille maintenant pour ses propriétés antispasmodiques.

Au XVIème siècle, la fabrication de parfums fut un atout pour gagner la fidélité de la plus célèbre cliente de Santa Maria Novella, Catherine de Médicis. La pharmacie créa d’ailleurs un parfum pour elle, l’Acqua Regina Della. La croissance de l’activité de l’Officina à cette époque fut cependant un sujet de controverse au sein du monastère, certains moines objectant que le doux parfum du succès pourrait détourner l’attention des dévotions chrétiennes. C’est ainsi que la production s’arrêta au début des années 1600, pour finalement reprendre en 1612.

Deux siècles et demi plus tard, en 1866, l’État italien confisqua tous les biens de l’église. Cette décision aurait pu signer la disparition pure et simple de la pharmacie si le dernier moine à agir en tant que directeur, Damiano Beni, n’avait eu une idée habile : il en donna le contrôle à son neveu, un profane, qui racheta l’Officina à l’état italien et dont les descendants sont toujours impliqués dans l’entreprise aujourd’hui.

Devenue une entreprise séculière, la Farmacia commença à exploiter pleinement les tendances de l’époque. Dans les années 1700, elle continua à élargir sa gamme de médicaments et de parfums, et se mit même à fabriquer de l’alcool. Au 19ème siècle, une liqueur dénommée Alkermes et présentée comme un moyen de « raviver les esprits fatigués et paresseux » devint même un best-seller aux États-Unis.

Au cours des dernières années, Santa Maria Novella s’est développée hors de ses frontières italiennes en ouvrant des boutiques sur les 5 continents, mais sans perdre pour autant son image de parfums relativement confidentiels. Pour faire face à son expansion, elle a construit une petite usine située dans les faubourgs de la ville où les techniques anciennes des moines ont été rationalisées mais on m’a assuré qu’une grande partie de la fabrication continuait d’y être faite à la main, en particulier celle des savons qui sèchent et maturent pendant un mois.

DSC_2089Fort heureusement, elle occupe toujours sa magnifique boutique florentine située au N°16 de la Via della Scala et on peut toujours y accéder par l’église, en poussant une imposante porte de bois qui laisse filtrer quelques effluves de fleurs et d’huiles essentielles…

Quelle que soit l’entrée choisie, il suffit de faire quelques pas pour se retrouver plongé plusieurs siècles en arrière, dans un cadre qui vous coupe presque le souffle ! Impressionné par les moulures et les dorures, on admire les alambics rudimentaires utilisés par les moines, préservés dans d’antiques armoires en bois et flanqués d’anciennes bouteilles utilisées pour les lotions et potions, de listes d’ingrédients et de livres recelant les recettes originales. Le long des murs décorés de fresques, on découvre des étagères garnies de savons et de parfums dont certains seraient encore fabriqués selon les formules originales, vieilles de plusieurs centaines d’années.

Sur les vastes rayons et sous les plafonds somptueux, on trouve quelques 45 « Cologna » adulées par les parfumistas de la planète. J’ai aimé le Pot-Pourri Albarello, concocté à base d’un mélange secret d’herbes et de fleurs cueillies à la main dans les collines florentines puis macérées plusieurs mois dans d’immenses jarres en terre cuite selon une recette inchangée depuis 1508. Après une longue hésitation, je suis reparti avec Tabacco Toscano, un parfum de tabac blond doux et puissant aux notes de vanille fumée et d’ambre inspiré par les cigares toscans de la Manifattura di Lucca… et avec la ferme intention de revenir dans ce lieu sans pareil où la grande histoire rencontre la grande parfumerie.

Hervé Mathieu

Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella, Via della Scala, 16, 50123 Firenze.

Cosmétiques dangereux ? L’envers du discours

Le 22 février 2016, l’UFC Que Choisir diffusait une liste de 185 produits cosmétiques contenant des substances « préoccupantes pour la santé de leur utilisateur ». Une liste de dentifrices, déodorants, crèmes pour le visage, après-rasages ou soins pour les cheveux accusés de contenir des allergènes et des perturbateurs endocriniens et assortie de la ferme recommandation de ne plus acheter ces produits. 

toxic2La liste des produits incriminés a immédiatement été relayée sur tous les sites d’information et sur les réseaux sociaux, accompagnée de gros titres parlant de « toxicité » ou même de « produits dangereux ».

En répondant aux questions de certains amis qui ne travaillent pas dans ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une profonde méconnaissance sur ce sujet et que cette méconnaissance laissait le champ libre à des peurs parfois irrationnelles. J’allais me lancer dans l’écriture d’une explication pour ce blog quand je suis arrivé sur une réaction publiée sur LinkedIn par Alexandra Frégonèse, Présidente des laboratoires Innovi, qui résume bien la position des professionnels de la cosmétique. Afin de permettre à ceux que cela intéresse de se forger une opinion nuancée, j’en reproduis ci-dessous des extraits. L‘article complet est à lire ici.

Le premier sujet que soulève cette tribune est totalement passé sous silence dans la polémique lancée par l’UFC-Que Choisir alors qu’il est fondamental dès qu’on parle de dangerosité, c’est la question du dosage :

« Pourquoi négliger la notion d’exposition aux substances ? Faut-il reléguer les conclusions de Paracelse, aujourd’hui encore considéré comme le père de la toxicologie ? : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison. C’est dans la dose qu’est le poison. » La dose létale 50 (dose à laquelle 50% des individus exposés meurent) de l’eau est à environ 9 litres pour un homme de 80kg. Est-ce à dire que l’eau est toxique ?

Pourquoi faire des amalgames entre molécules irritantes, allergisantes et perturbateurs endocriniens ?
Si les molécules irritantes et les perturbateurs endocriniens concernent l’ensemble de la population, les molécules allergisantes ne concernent que les sujets sensibles. Non seulement nous ne sommes pas tous allergiques, mais si on factorise le fait que la majorité des allergies sont des allergies respiratoires, voire alimentaires pour 4% des adultes et 8% des enfants, ça limite grandement la portée de l’argument. Je comprends qu’il soit plus marquant de dire que 30% de la population est allergique sans faire le distinguo mais les cosmétiques ne sont concernés que par les allergies de contact, beaucoup moins importantes. Aussi, comparer des substances toxiques pour l’ensemble de la population à une réponse anormale et excessive du système immunitaire d’une fraction de la population sur-exprime le niveau de risque.

Pourquoi isoler les éléments de leur contexte général ?
On connaît tous les conséquences de propos sortis de leur contexte. La chimie ne fait pas exception. On prend le soin de dénigrer les molécules de façon isolé en faisant fi des interactions avec les autres éléments de la formule. Autant l’interaction de molécules non irritantes prises isolément peut éventuellement poser problème en synergie, autant une molécule irritante associée à d’autres substances peut ne présenter aucun danger. Les molécules du mucilage, de l’amidon, du sucre s’interposent par exemple entre les molécules irritantes. Les hydrocarbures, les silicones et autres molécules de haut poids moléculaire limitent la biodisponibilité cutanée et rendent certaines molécules irritantes inopérantes.

Alexandra Frégonèse conclut : « En Europe, la sécurité des produits cosmétiques et de leurs ingrédients est surveillée par le SCCS (Scientific Committee for Consumer Safety) qui évalue toutes les nouvelles données scientifiques et émet  des recommandations. La cosmétovigilance permet de recenser rapidement d’éventuels effets indésirables liés à l’utilisation des produits cosmétiques soumis aux contrôles permanents des autorités (DGCCRF et ANSM). La cosmétique bénéficie en outre d’un dispositif (REACH) en matière de protection de l’environnement. Alors de grâce, arrêtons de tirer sur l’ambulance. Même si les motivations sont bonnes, il arrive que le résultat attendu soit en marge de celui escompté. »

white hand cream box

Une position que l’on retrouve dans l’ensemble de la profession, par exemple dans les propos de Céline Couteau, maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie et Laurence Coiffard, professeur en galénique et cosmétologie à l’Université de Nantes, qui ont signé le 25 février une tribune sur le site The Conversation :

« Si nous aimons épingler les petits et gros travers de l’industrie cosmétique et tirer certaines sonnettes d’alarme à bon escient, il n’est pas raisonnable de créer une psychose vis-à-vis des produits dont nous avons tous le plus grand besoin », indiquent les deux scientifiques qui dénoncent « une information beaucoup trop alarmiste ». Elles répondent à l’enquête de l’UFC-Que Choisir : Le phénoxyéthanol ? « C’est un conservateur antimicrobien peu allergisant et peu irritant pour lequel L’ANSM a émis une recommandation concernant le pourcentage d’emploi ». Les perturbateurs endocriniens ? Des molécules qui sont « des millions de fois moins oestrogéniques que certains éléments que nous synthétisons nous-mêmes dans notre organisme et qui seront filtrés par notre barrière cutanée ». Avant de rappeler que la méthylisothiazolinone, connue en effet comme étant allergisante, est une molécule qui n’est de nouveau employée qu’à cause du procès fait aux parabens, faisant ainsi écho à ce qu’écrit Alexandra Frégonèse dans sa conclusion.

Des arguments moins simplistes et donc moins « efficaces » que ce qu’on lira sur les réseaux sociaux, mais qu’il est important de connaître lorsque l’on entend parler de la dangerosité d’un secteur qui est aussi, il faut le savoir, l’un des plus réglementés en Europe.

Hervé Mathieu

L’Homme de YSL, nouveau parfum des digital natives

Le 16 février 2016 est sorti le nouveau film publicitaire de L’Homme de Yves Saint Laurent signé par l’agence BETC. Surfant élégamment entre les époques et les images iconiques du luxe, il donne en cela certaines clés sur ce qu’est le luxe contemporain, à la croisée d’un passé mythifié et d’une modernité infusée de culture en libre accès.

Au premier visionnage, on remarquera dans ce film une bonne dose de ces ingrédients que l’on retrouve dans la quasi-totalité des publicités pour le parfum : un grand hôtel, une histoire de séduction entre deux inconnus, une belle voiture, le parfum comme déclencheur de désir et même le plan de la main qui se crispe sur les draps en ellipse du plaisir. Rien de très surprenant, ces images font partie d’une « grammaire » de la publicité pour ce type de produit. Mais en plus de ces figures imposées, on voit également qu’il est parsemé de références qui vont puiser dans une sorte de grande banque d’images collective qui couvre pas moins de soixante-dix années de symboles et de références puisées dans le cinéma et dans le lifestyle. Nostalgique ? Pas du tout. Ce nouveau film colle au contraire à la façon dont une nouvelle génération (celle des digital natives) voit et vit le luxe aujourd’hui.

Les premières secondes du spot nous laissent apercevoir un vieil appareil photo argentique, un service à whisky, une guitare. L’homme, trentenaire en jean slim et chemise blanche impeccable est musicien. Rock mais pas trop, tatoué mais pas trop, il écrit à la main sur un carnet Moleskine. Il monte à bord d’un cabriolet Mercedes 250 SL des années 60, la caméra le suit dans une ville des 70’s, puis sur une corniche qui a des airs de French Riviera. Pendant ce temps, la blonde héroïne, rejeton impossible de Bardot et de Birkin – tatouée elle aussi – se laisse séduire par les effluves laissées dans la chambre de l’homme tandis qu’une caméra Lelouchienne tournoie autour d’elle. L’homme revient sur ses pas pour récupérer son flacon de parfum et son carnet de notes, la demoiselle s’est éclipsée, voilà pour l’histoire.

En multipliant les références aux années 50 à 70, on pourrait penser que ce film se laisse aller à la nostalgie d’un âge d’or où les filles étaient plus blondes, les homme plus purs et la vie plus douce… Pourtant, Colin Tilley, jeune réalisateur Américain qui raconte qu’il a appris le montage vidéo grâce à des tutoriaux sur YouTube, a réussi à transmuter la nostalgie en énergie. Le superbe noir et blanc impeccablement ponctué par la pop néo-eighties de Aaron fusionne avec une grande élégance l’imagerie des Trente Glorieuses à des plans magnifiques, parfois filmés depuis des drones, le tout rythmé par un montage au cordeau formé à l’école du clip.

Ce film assume sans complexe son patchwork de références, sans chercher à tout prix à être moderne, et c’est en faisant cela qu’il y parvient. Colin Tilley et BETC composent ici une synthèse décontractée entre le passé et le présent, empruntant images et références aux différentes époques tout comme la génération émergente des consommateur de luxe pioche dans le catalogue infini de la musique et des images en ligne. A une certaine époque, Karl Lagerfeld citait un précepte de Goethe : « faire un meilleur avenir avec les éléments élargis du passé ». Cette maxime pourrait être le fil conducteur de cette publicité qui a certainement capturé quelque chose du nouvel esprit du luxe de ce jeune XXIème siècle.

Hervé Mathieu

Jean-Paul Gaultier nous invite en boîte

Avec le nouveau film publicitaire de 2016, les parfums Jean-Paul Gaultier nous proposent une expérience originale puisque nous sommes invités à prendre la place… du flacon, celui qui se trouve dans la fameuse boîte de conserve.

Petite prouesse technique et première du genre dans le secteur du parfum, le film est réalisé en vidéo immersive à 360°. Le spectateur se trouve ainsi projeté au cœur de cette Factory un peu folle où se concoctent les parfums de la Marque, mais une fois qu’elle a fermé ses portes. Placé de façon stratégique, il assiste alors à des saynètes drôles, surprenantes ou espiègles où se croisent les marins et les courtisanes emblématiques des deux lignes.

Pour ce spot événementiel, le réalisateur a eu recours à une prise de vue stéréoscopique qui rend l’expérience plus spectaculaire, le son a été spatialisé et les décors de l’Usine ont été reconstruits en 3D. On doit cette belle opération de communication à l’agence digitale Mazarine et à Okio Studio.

 

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Salomé de Papillon Perfumery – la bombe olfactive de 2015

Pour commencer l’année, je m’étais mis en tête de choisir mes 3 parfums préférés de 2015. La tâche n’était pas simple. Tous segments confondus, il y a près de 1000 nouvelles fragrances chaque année dans le monde et le souvenir des parfums, comme les parfums eux-mêmes, finit par s’évaporer. 

Alors que je compulsais mes notes prises tout au long de l’année et que je humais mes échantillons, je finis par me rendre compte que j’en revenais toujours à la même création. Je ne cessais de la renifler de façon compulsive, de m’en emplir les alvéoles pulmonaires et une fois celle-ci sentie les autres me paraissaient légèrement ennuyeuses. Il fallut me rendre à l’évidence : je n’avais trois favoris de l’année, je n’en n’avais qu’un et celui-ci éclipsait tous les autres.

C’est en flânant chez Les Senteurs à Belgravia que j’avais découvert par hasard Papillon Perfumery, une marque discrète fondée en 2014 par Liz Moores. Les parfums de Papillon m’ont instantanément étonné par leur maturité, leur cohérence, leur degré d’exigence et d’achèvement. La gamme semblait sortir parfaitement achevée de la chrysalide. Mais parmi les 4 parfums que j’ai eu le vif plaisir de sentir, celui qui m’a le plus impressionné et séduit a été Salomé.

Papillon est un nom charmant, n’est-ce pas ? On pourrait s’attendre à des créations délicates et évanescentes, à des parfums de jeunes filles en fleur. Il n’en n’est rien. Ici, la jeune fille a été déflorée depuis longtemps, et avec quelle joie ! J’ai lu ici que Salomé pourrait être le parfum de Mata-Hari. On ne pourrait résumer mieux cette fragrance qui nous entraîne dans une étourdissante danse des sept voiles. Salomé pourrait être le parfum d’une photo d’Helmut Newton, un philtre qui fait venir à l’esprit les images d’un corps nu à peine enveloppé d’un manteau de fourrure, d’une fumerie d’opium à Macao où les chairs s’égarent et les pensées se perdent, d’une Rolls-Royce Phantom dont le cuir des sièges vient d’accueillir un couple brûlant d’un désir inassouvi.

Helmut Newton 3

Pour vous faire découvrir Salomé, j’aurais pu détailler les facettes olfactives de ce chypre mâtiné de floriental, parler de cette rose pourpre corsetée dans un bouquet jasminé et embuée de cumin. Je pourrais parler de la façon dont le musc se développe par volutes sur la peau, comme une robe de Haute Couture incapable de contenir les notes animales qui s’exhibent sans aucune pudeur. Mais je préfère laisser le mystère de sa composition planer autour de cet envoûtant élixir et évoquer le prestigieux lignage de Femme de Rochas, le parfum qui m’aurait suivre n’importe quelle créature à l’autre bout du monde ! Hélas, Femme a été (mal) reformulé en 1989, perdant dans l’opération une bonne partie de sa sulfureuse attraction. J’étais resté inconsolable pendant un bon moment, ne sachant plus quelle fragrance offrir à la femme qui me mettait les sens en émoi. Et un jour, Salomé est entrée dans ma vie. La Reine était morte, vive la Reine.

Bien sûr, les âmes prudes trouveront Salomé « sale ». Trop sexuel, trop animal. Il est vrai qu’il y a du stupre dans ce flacon – par ailleurs parfaitement inintéressant. On peut deviner la présence de la civette et du castoréum à des niveaux de concentration qu’on n’a pas dû connaître depuis un siècle. Clairement, Salomé est un parfum pour adultes, pour ne pas dire pour adultes consentants…

Dans le monde de la parfumerie grand public et consensuelle, Salomé fait l’effet d’une bombe a(na)tomique. Dans celui de la parfumerie de niche, il fait désormais office de référence.

Hervé Mathieu

Salome par Papillon Perfumery – Eau de Parfum 50 ml – 135 €

 

Salome - Papillon

J’irai dormLire chez vous

Je découvre aujourd’hui un article qui explique qu’une nouvelle tendance en vogue au Japon et dans les pays du nord de l’Europe consiste à dormir dans une bibliothèque.

Je me demande si la nuit qu’on passe dans cet environnement est particulièrement paisible ou si au contraire c’est une veille fiévreuse passée à dévorer les mots à la lumière d’une petite lampe… Difficile en tout cas d’échapper à la tranquille présence des livres dans une pièce, qu’ils soient alignés sur les étagères ou empilés sur un coin de table de nuit.

Avez-vous remarqué comme le papier a son champ gravitationnel propre, cette densité qui n’est pas sans rappeller la présence d’un corps lové à côté de soi dans le creux du lit, à peine soulevé par le rythme régulier de sa respiration ?

Et bien sûr il y a l’odeur… Celle du livre neuf, de la colle de la reliure et de l’encre d’imprimerie qui lui donne des airs de petit pain sorti du four. L’odeur du livre qui a séjourné longtemps dans une maison délaissée, ce mélange d’humidité, de poussière et de l’âcreté propre aux demeures esseulées. Celle du livre ancien imprégné avec patience par le parfum du cuir de reliure et par l’effluve des étagères de chêne.

J’imagine que l’odeur qui nimbe une bibliothèque doit donner aux rêves du dormeur une saveur, une profondeur, une texture sans égal.

Peut-être au contraire que le sommeil de celui qui dort dans une bibliothèque est agité de pensées tumultueuses, de fracas intérieurs, d’idées qui s’entrechoquent et font des étincelles. Car ainsi sont les livres et les idées. Jamais tranquilles.

Comme le proclamait l’éditrice américaine Mary Jo Godwin : « A truly great library contains something in it to offend everyone » (une vrai bonne bibliothèque contient en elle de quoi offenser chacun d’entre nous). Et c’est très bien ainsi.

Hervé Mathieu

Shiba-Ryotaro-Osaka

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(image : bibliothèque du mémorial Shiba Ryotaro à Osaka, Japon)