Pourquoi l’être humain sent de moins en moins bien les odeurs (et pourquoi ça n’est pas un problème)

L’intérêt rencontré par le post sur les causes de l’odeur de la terre après la pluie m’a encouragé à continuer à explorer ce que la science savait sur différents sujets tournant autour de l’olfaction. Je me suis intéressé cette fois à l’odorat humain et aux raisons qui expliquent sa faible performance.

Si vous vous trouvez dans un aéroport, il est probable que vous croisiez des policiers accompagnés de chiens dressés à renifler les voyageurs et leurs bagages à la recherche de drogues ou d’explosifs. La police fait appel aux chiens car leur odorat est 100 000 fois plus performant que celui de l’homme et qu’ils peuvent détecter des odeurs que vous et moi sommes totalement incapables de percevoir .

Comparé à de nombreuses autres espèces animales, l’espèce humaine est probablement celle dont l’odorat est le moins bon. Partant de ce constat, certains chercheurs se sont demandés si l’être humain avait toujours eu un odorat médiocre ou bien si ses capacités olfactives s’étaient dégradées au fil du temps.

D’une façon simplifiée, l’évolution fonctionne de la façon suivante : les organismes vivants présentent des caractéristiques qui sont déterminées par les gènes, mais de temps en temps une mutation se produit dans le codage génétique. Si cette mutation rend l’organisme moins capable de survivre, elle ne sera pas transmise à la prochaine génération – car celle-ci n’existera probablement jamais. Mais si cette mutation a un effet positif sur la survie et / ou la reproduction de l’organisme, alors elle se répétera à la prochaine génération et à celles qui suivront. Ces mutations s’additionnent sur des millions d’années, faisant évoluer progressivement les espèces.Stages in human evolution

Cependant, il arrive aussi que certaine mutation nous rendent moins performants mais que cet affaiblissement ne compromette pas nos chances de survie ni notre capacité à nous reproduire. Selon les scientifiques, c’est probablement ce qui s’est produit avec notre sens de l’odorat.

La théorie qui prévaut est la suivante : alors que nous avons progressivement cessé de marcher à quatre pattes pour nous tenir verticalement, certains de nos sens sont devenus plus importants : avoir des pattes qui se sont transformées en mains nous a par exemple permis d’avoir une meilleure sensibilité tactile. De la même façon, nous tenir debout nous a donné la possibilité d’observer une plus vaste partie de notre environnement, donnant ainsi une importance prépondérante à notre vision.

Le raisonnement inverse est le même : selon les spécialistes, nous avons progressivement abandonné certaines capacités au cours de notre évolution parce qu’elles étaient devenues moins nécessaires à notre survie. Le fait de se tenir plus éloigné du sol a ainsi rendu notre sens de l’odorat moins indispensable, par exemple pour la recherche de nourriture.

La preuve de cette affirmation se trouve dans notre cerveau, comme l’explique cet article de 2013 du site National Geographic intitulé « The smell of Evolution » :

frontal_lobe_animation« Les êtres humains sont capables de distinguer des odeurs différentes, en partie grâce au grand nombre de gènes de réception olfactive que nos neurones peuvent utiliser. Jusqu’à présent, les scientifiques ont identifié 390 gènes différents dans le génome humain qui « contiennent » des récepteurs olfactifs.  Mais ils ont découvert que le génome humain contenait également 468 gènes de réception olfactive que les neurones ne savent pas utiliser comme récepteurs. On les désigne sous le terme de pseudogènes. Bien que leur séquence soit extrêmement semblable à celle des gènes de réception olfactive, ces pseudogènes ont subi des mutations qui font que les neurones sont incapables de traduire leur séquence pour en faire une protéine » (le véhicule de l’information des neurones).

Notre cerveau possède donc un grand nombre de récepteurs olfactifs, mais il en utilise moins de la moitié. Prenons l’exemple du récepteur olfactif OR7D4. Ce récepteur est capable de détecter l’androsténone, une odeur émise par les porcs mâles non castrés. Communément appelée « odeur de verrat », elle est perçue comme déplaisante par les individus qui la remarquent, à tel point qu’ils refuseront de manger de la viande sur laquelle ils la perçoivent même si celle-ci est parfaitement consommable. Mais c’est une odeur que tous les humains ne sont pas capables de percevoir – en tout cas pas à notre époque actuelle.

En 2015, une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Kara Hoover a mené une étude sur « l’ADN qui code OR7D4 chez 2200 personnes de 43 populations à travers le monde, la plupart d’entre elle faisant partie de groupes autochtones ». On sait grâce aux prélèvements sur des fossiles que nos ancêtres possédaient ce récepteur olfactif, et c’est aussi le cas actuellement pour la plupart des groupes humains autochtones qui ont été testés en Afrique, berceau de l’humanité. Mais la même étude a également montré que ce récepteur olfactif tendait à être moins présent chez les populations vivant dans l’hémisphère nord.

Selon ces chercheurs, cette différence dans la présence de OR7D4 serait due au fait que les porcs rencontrés par les populations vivant dans l’hémisphère nord étaient domestiqués. Manger ces porcs était donc plus sûr d’un point de vue sanitaire et renoncer à ces sources de calories aurait été une erreur pour la survie de l’espèce. Cette fonction de répulsion en réponse à la présence d’androstérone aurait donc été progressivement « désactivée » chez les populations humaines de l’hémisphère nord.

On sait donc que l’homme a eu jadis un odorat qui était probablement aussi développé que celui des autres mammifères. Mais au fur et à mesure qu’il se redressait, l’évolution a progressivement rendu inutiles une partie des capteurs olfactifs de son cerveau au profit d’autres fonctions cérébrales plus nécessaires à son nouveau mode de vie.

L’odorat étant de moins en moins indispensable à la survie de l’être humain, on peut donc prédire qu’il va continuer à se détériorer. Et si l’évolution est bien faite, plus il prendra le métro aux heures de pointe, plus cela sera le cas.

Hervé Mathieu

Louis Vuitton dévoile sa ligne de parfums et de lumière

Paris, le 5 juillet 2016. Nous sommes quelques privilégiés rassemblés sur l’une des plus belles terrasses privées de Paris, celle du siège de Louis Vuitton. Il fait un soleil magnifique et c’est en clignant des yeux que nous nous dirigeons vers la petite rotonde où nous attend l’un des grands parfumeurs français, devenu le « nez » maison du célèbre malletier.

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Vue depuis la terrasse de Louis Vuitton, Paris

Jacques Cavallier-Belletrud arbore un large sourire. À l’issue de quatre années d’un travail patient où il a eu carte blanche, il est ici pour nous faire découvrir en avant-première la nouvelle ligne de parfums de Louis Vuitton. Presque quatre-vingt dix ans après sa première tentative dans ce domaine, le malletier restait la dernière grande marque de luxe française à ne pas avoir ses parfums. C’est donc peu dire que l’attente est forte.

Ce sont d’abord les flacons qui nous sont révélés et d’emblée, c’est une surprise. Là où on aurait pu s’attendre à une certaine emphase, à un luxe monogrammé, Jacques Cavallier nous présente un flacon d’un parfaite pureté. Loin d’une débauche de matériaux imposants, la forme imaginée par Marc Newson fait penser à une goutte de lumière colorée, suspendue dans l’air par une virgule de laque noire. Le nom même de la Maison, gravé dans le verre, reste discret, apparaissant en relief sous les doigts ou dans un rayon de lumière.parfum-lv-top

Au sommet du flacon, un superbe bouchage noir est visible en transparence. C’est une superbe pièce qui cache une innovation, puisque le flacon est rechargeable sans qu’il soit nécessaire de démonter la pompe. Il suffit en effet de placer le flacon tête en bas dans un petit dispositif cylindrique pour qu’il se remplisse lentement. On nous explique que cette opération ne pourra être effectuée qu’en boutiques Vuitton, et se fera à l’abri des regards pendant le temps d’un café… ou d’un tour dans les rayons. C’est presque dommage, tant le parfum délicatement coloré qui monte lentement dans le flacon est fascinant à regarder…

Quant à l’emballage extérieur cylindrique blanc et or, il est lui aussi très épuré, tellement même qu’il en est presque décevant ! On nous explique qu’il reprend la silhouette de « Je, tu, il », un des deux parfums initiaux lancés en 1928. Pour son flacon comme pour son étui, la Maison a clairement pris le contre-pied de ce qu’on aurait pu attendre d’elle.

Vient le moment de découvrir les fragrances. Nous passons dans une pièce toute blanche où, assis en demi-cercle, nous écoutons Jacques Cavallier nous parler de chacune de ses créations en faisant circuler des touches olfactives. La Maison n’a pas fait dans la demi-mesure. Il y a devant nous pas moins de sept flacons, chacun contenant un parfum d’une couleur différente, et leur créateur nous confie qu’il n’a eu aucune pression de temps ni de contraintes économiques, bénéficiant d’une totale liberté créative.

HD CADREES.inddJacques Cavallier commence par nous parler de Rose des Vents. Un parfum qui, dit-il, doit « surprendre mais pas dérouter » et pour lequel il évoque la fluidité, le plaisir et la joie. Rose des Vents est construit autour de trois roses, dont bien entendu la Rose de Mai dont il a souhaité exprimer une autre facette. Pour cela, il a eu recours à une technique développée alors qu’il était chez Firmenich : l’extraction au CO2 super critique. Ce procédé ne nécessite pas de chaleur, permettant aux plantes baignées dans ce gaz à froid de révéler toute leur subtilité. Ainsi, la fameuse rose grassoise alliée à la rose Damascena de Bulgarie, à l’iris de Florence et à un « cèdre sans tête » s’exprime telle qu’elle est au moment de la cueillette. Le résultat est une composition aérienne et délicate qui trouve parfaitement sa place dans le flacon épuré de la ligne.

Turbulences est une création plus radicale, construite autour de la tubéreuse. Jacques Cavallier nous raconte que son père, parfumeur lui aussi, avait mille plants de tubéreuse dans son jardin et combien ce souvenir a marqué son enfance. Cette fleur superbe mais souvent délicate à manier en parfumerie est ici exprimée de façon douce, exempte par exemple de sa facette médicinale. L’absolu narcisse lui donne un côté vert et terreux, tandis que le jasmin sambac de Chine compos l’autre facette dominante de cette composition où l’on distingue aussi l’osmanthus et le magnolia. Des matières premières qui ne manqueront pas de parler à l’oreille de la clientèle asiatique, toujours très friande de la Marque…

C’est avec Dans la Peau que l’on s’approche enfin de l’univers du malletier, puisque ce parfum a été inspiré par le fameux cuir beige naturel de Louis Vuitton. Jacques Cavallier nous explique qu’en visitant les ateliers historiques d’Asnières, il a voulu savoir s’il serait possible de capturer l’odeur de ce cuir emblématique. Il aurait pu recourir au Head Space bien connu, au lieu de cela il a fait envoyer des chutes de cuir à son frère en lui demandant d’étudier la possibilité d’en extraire la personnalité olfactive. La recherche de la technique appropriée a pris beaucoup de temps, raconte-t-il, jusqu’à ce que vienne l’idée de recourir à la méthode ancienne de l’extraction par infusion. Le résultat de cette délicate alchimie se trouve à présent sur notre touche olfactive, une note cuir aux facettes épicées et florales, alliée aux muscs et au jasmin de Grasse extrait au CO2.

Apogée vient ensuite. Jacques Cavallier nous raconte que cette fragrance a été créée sous le signe de la précision, inspirée par le Japon et son art traditionnel de la composition florale, l’ikebana. De fait, nous découvrons une fragrance verte et florale, composée autour de la note faussement simple du muguet, « une rose qui aurait rencontré le jasmin » selon la belle formule du créateur. Le fond de la note, quant à lui, est un beau bois de gaïac fumé allié au santal.

Contre Moi se révélera le plus original des sept parfums présentés ce jour. Jacques Cavallier le désigne d’une formule efficace et heureuse : « un oriental pas banal ». C’est une composition dont le fil conducteur est l’alliance des contrastes. Un exercice délicat mais passionnant, à l’instar de ce modèle d’alliance des opposés qu’est Pour un Homme de Caron que j’ai longtemps porté. Ce sont ici la plantureuse vanille de Madagascar et celle de Tahiti, très généreusement dosée, qui constituent la facette charnelle et charnue de ce parfum. Le contrepoint est apporté par la fleur d’oranger boostée par la Super Hédione. Contre Moi introduirait presque un genre nouveau dans la classification de la parfumerie, l’oriental transparent.

Matière Noire me séduit tout d’abord par son nom, si beau qu’on s’étonne qu’aucun parfumeur ne s’en soit emparé auparavant ! Imaginant cette substance mystérieuse qui constitue selon les astronomes l’essentiel de l’univers, Jacques Cavallier a travaillé une matière première aussi terrestre que céleste : le bois de oud, ici originaire du Laos. Alors que le oud symbolisait pour lui de l’obscurité, il lui a « ajouté des étoiles » sous la forme d’un absolu narcisse crépitant, du cassis et d’un effet floral aqueux dont il ne dira rien de plus mais dans lequel je pense avoir reconnu la rose Centifolia extraite au CO2 et le cyclamen.

Mille Feux, le dernier de la ligne, est une autre composition autour du cuir et la première envie que Jacques Cavaliler a eue en débutant ce projet pour Louis Vuitton. Le modèle de sac « Capucine » dans sa teinte framboise lui a donné l’idée d’allier la sensualité de la peau à la senteur de cette petite baie si difficile à travailler en parfumerie si l’on ne veut pas tomber dans la mièvrerie… Le résultat est un cuir fruité dont la rudesse est adoucie par le velouté de l’osmanthus de Chine. Le parfumeur nous explique que la fleur qu’il utilise pour ce parfum est extraite immédiatement après sa cueillette afin que sa fraîcheur soit préservée. Enfin, une touche de concrète d’iris se mêle au safran, apportant de la vitalité à cette création duale où des facettes apparemment contraires se fusionnent avec une belle harmonie.

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Un peu plus de deux mois après cette avant-première et alors que la campagne de publicité sort dans la presse, je garde de cette ligne deux impressions fortes de lumière et de naturel.

À l’opposée de l’opulence cuirée que l’on aurait pu attendre, c’est au contraire à un hommage aux belles matières premières de la parfumerie que s’est livré ici Louis Vuitton, sans nostalgie mais avec une modernité mise au service de l’émotion. Les techniques les plus en pointe ont permis au parfumeur de faire ressortir la spontanéité des fleurs fraîches et d’exprimer une vision de la parfumerie délicate, aux accents simples et immédiats. Les noms des fragrances, quant à eux, rappellent joliment l’époque où les parfums se nommaient L’Heure BleueVoilà pourquoi j’aimais Rosine et bien entendu Heures d’Absence, le premier parfum créé par Louis Vuitton.

Au final, c’est une ligne presque humble que lance Louis Vuitton, déjouant tous les pronostics. Il n’est pas certain que les clients les plus avides de toile monogrammée se retrouvent dans cette proposition à l’élégante simplicité, mais là n’est sans doute pas le propos. Avec le recrutement de Jacques Cavallier-Belletrud, l’installation de son propre atelier de création à Grasse et le choix de Léa Seydoux comme égérie, on devine que Louis Vuitton a décidé d’écrire ici une histoire au long cours. Ce nouvel axe de développement ne se fait pas dans une logique de rentabilité immédiate (la Maison n’en n’a guère besoin) mais bien à la façon dont les grandes marques historiques ont pu le faire à l’aube du XXème siècle : en prenant le temps, ce luxe ultime de notre époque.

Hervé Mathieu

La ligne est disponible depuis le 1er septembre, uniquement dans les boutiques Louis Vuitton. 

Eau de Parfum 100 ml : 200 euros (recharge 125 euros), 200 ml : 300 euros (recharge 250 euros)
Flacons de Voyage 4 x 7,5 ml : 200 euros (recharges 110 euros)
Collection de Miniatures 7 x 10ml : 250 euros
Flaconnier de 3 flacons de 100 ml au choix, quantité limitée : 4300 euros

 

Le secret de l’odeur de la terre après la pluie enfin percé ?

Il est probable que, comme moi, vous vous êtes déjà précipités sur une bougie d’ambiance qui promettait de restituer dans votre bureau confiné cette délicieuse fragrance offerte par la nature : l’odeur de la terre après une pluie d’été. 

Il est probable aussi que vous vous soyez retrouvé très déçu à peine la bougie allumée, remisant la fautive dans un placard obscur et la laissant prendre la poussière pour l’éternité. En ce qui me concerne j’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé aucun parfum d’ambiance qui reproduise de façon satisfaisante cette senteur aérienne, végétale, aqueuse et terrestre à la fois.

Qu’est-ce qui rend cette odeur aussi difficile à reproduire ? Avant tout elle est complexe, mêlant des composantes végétales, minérales, aqueuses et ozoniques ainsi que des évocations de terre humides. Mais la chromatographie en phase gazeuse nous apprend qu’il y a dans la seule huile essentielle de rose damascone un nombre impressionnant de composants odorants et la parfumerie moderne sait bien approcher ces notes-là. Alors, pourquoi celle-ci échappe-t-elle encore et toujours au savoir-faire des parfumeurs ? La science, et en particulier une découverte récente du Massachusetts Institute of Technology, nous aide à comprendre une partie de cette énigme.

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Pour commencer, cette odeur porte un nom : le pétrichor, et personnellement le fait qu’un tel mot existe me réjouit. Ce terme a été inventé en 1964 par deux géologue Australiens, Isabel Joy Bear et Roderick G. Thomas. Il est formé à partir du grec ancien πέτρα, petra (« pierre ») et de ιχώρ, ichor (« sang, fluide »), et désigne « le liquide huileux secrété par certaines plantes puis absorbé par les sols et roches argileux pendant les périodes sèches et qui, après la pluie, dégage une odeur caractéristique en se combinant avec la géosmine » (source : Wikipedia).

On suppose que la formation de cette odeur particulière serait due à la volatilisation de substances organiques odorantes (lipides, terpènes, caroténoïdes, etc.) lorsque l’atmosphère est saturée en humidité.

Mais on vient de découvrir qu’un phénomène mécanique joue également un rôle dans la formation de l’odeur de pétrichor. Pour parvenir à cette découverte, des chercheurs du MIT  (Massachussets Institute of Technology) ont utilisé des caméras haute vitesse pour enregistrer la manière dont l’odeur se diffusait dans l’air. Pour cela, ils ont effectué près de 600 expériences sur 28 types de surfaces différentes, incluant des matériaux artificiels et des échantillons de sols.

Ces images montrent que lorsqu’une goutte de pluie tombe sur une surface poreuse, comme de la terre par exemple, elle capture de minuscules bulles d’air avant de les renvoyer immédiatement dans l’atmosphère sous forme d’une brume microscopique. Cette brume parfumée extrêmement légère, dénommée aérosol, est ensuite diffusée dans l’air par le vent. Les images ci-dessous, prises à haute vitesse, montrent ce phénomène :

 

L’étude a également montré que les gouttes de pluie qui tombent à un rythme lent tendent à produire plus d’aérosols, ce qui expliquerait pourquoi l’émanation de pétrichor est plus fréquente après les pluies légères.

Il y a donc deux actions différentes qui entrent en jeu dans la formation du pétrichor : la libération d’éléments naturels présents dans le sol à cause de la pluie qui vient frapper le sol et une action physique qui donne un « boost » à leur diffusion dans l’air. Cela expliquerait pourquoi ces senteurs emprisonnées en temps normal dans la terre se diffusent si intensément après la pluie.

Grâce à cette étude du MIT, on en sait désormais un peu plus sur la diffusion du pétrichor. En revanche, on ignore toujours pourquoi elle exerce sur notre cerveau une fascination aussi intense et aussi universelle. Mais peut-être est-là le travail des neuro-scientifiques ou des psychologues ? Ce serait en tout cas un passionnant sujet de recherche pour tous les addicts de cette odeur.

Hervé Mathieu

Odeurs de Sainteté

Récemment, j’ai fui la grisaille et l’humidité parisienne pour flâner le nez au soleil dans Florence. Entre le Palazzo Vecchio et le Musée des Offices, entre la Galeria dell’ Academia et le Duomo, le syndrome de Stendhal m’a parfois guetté. Il m’a fallu trouver un refuge en terrain familier, je suis donc parti à la recherche de la plus ancienne parfumerie du monde : la Officina Profumo di Santa Maria Novella.

Parmi l’impressionnante liste des églises de Florence, celle de Santa Maria Novella est souvent ignorée: bien qu’on affirme que c’est là que naquit le style Renaissance, il lui manque le gigantisme minéral du Duomo ou le caractère poignant de Santa Croce où sont enterrés Michel-Ange et Galilée. Et même si ses fresques peuvent rivaliser avec celles de la Basilique Saint-Marc de Venise, son emplacement dans un quartier sans attrait près de la gare fait qu’elle est boudée par les touristes.

Mais l’église de Santa Maria Novella peut s’enorgueillir d’une richesse avec laquelle aucune autre église au monde ne peut rivaliser. L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella vend en effet depuis 8 siècles des parfums qui font frissonner les amateurs de belles senteurs du monde entier.

DSC_2453L’histoire de ce lieu exceptionnel débute lorsque les Dominicains, un ordre consacré à la pauvreté et la charité, s’installèrent en 1219 à Florence. Après la mort de Saint Dominique, ses disciples entreprirent de convertir une église appelée Santa Maria delle Vigne en monastère dans ce qui était en train de devenir l’une des villes les plus riches et les plus puissantes d’Europe sous le règne éclairé des Médicis.

En 1381, les Dominicains installèrent une infirmerie à côté du monastère, utilisant des remèdes à base de plantes formulés par les moines eux-mêmes. Parmi les premiers distillats, on trouvait une essence prescrite comme antiseptique pour nettoyer les maisons après une épidémie de peste : l’eau de rose. On y trouvait également le Vinaigre des Sept Voleurs, recommandé pour soigner les femmes souffrant de « vapeurs », ou l’Acqua Antisterica, une concoction utilisée pour calmer les femmes « hystériques ». Elle est vendue aujourd’hui sous le nom plus consensuel d’Acqua di Santa Maria Novella et on la conseille maintenant pour ses propriétés antispasmodiques.

Au XVIème siècle, la fabrication de parfums fut un atout pour gagner la fidélité de la plus célèbre cliente de Santa Maria Novella, Catherine de Médicis. La pharmacie créa d’ailleurs un parfum pour elle, l’Acqua Regina Della. La croissance de l’activité de l’Officina à cette époque fut cependant un sujet de controverse au sein du monastère, certains moines objectant que le doux parfum du succès pourrait détourner l’attention des dévotions chrétiennes. C’est ainsi que la production s’arrêta au début des années 1600, pour finalement reprendre en 1612.

Deux siècles et demi plus tard, en 1866, l’État italien confisqua tous les biens de l’église. Cette décision aurait pu signer la disparition pure et simple de la pharmacie si le dernier moine à agir en tant que directeur, Damiano Beni, n’avait eu une idée habile : il en donna le contrôle à son neveu, un profane, qui racheta l’Officina à l’état italien et dont les descendants sont toujours impliqués dans l’entreprise aujourd’hui.

Devenue une entreprise séculière, la Farmacia commença à exploiter pleinement les tendances de l’époque. Dans les années 1700, elle continua à élargir sa gamme de médicaments et de parfums, et se mit même à fabriquer de l’alcool. Au 19ème siècle, une liqueur dénommée Alkermes et présentée comme un moyen de « raviver les esprits fatigués et paresseux » devint même un best-seller aux États-Unis.

Au cours des dernières années, Santa Maria Novella s’est développée hors de ses frontières italiennes en ouvrant des boutiques sur les 5 continents, mais sans perdre pour autant son image de parfums relativement confidentiels. Pour faire face à son expansion, elle a construit une petite usine située dans les faubourgs de la ville où les techniques anciennes des moines ont été rationalisées mais on m’a assuré qu’une grande partie de la fabrication continuait d’y être faite à la main, en particulier celle des savons qui sèchent et maturent pendant un mois.

DSC_2089Fort heureusement, elle occupe toujours sa magnifique boutique florentine située au N°16 de la Via della Scala et on peut toujours y accéder par l’église, en poussant une imposante porte de bois qui laisse filtrer quelques effluves de fleurs et d’huiles essentielles…

Quelle que soit l’entrée choisie, il suffit de faire quelques pas pour se retrouver plongé plusieurs siècles en arrière, dans un cadre qui vous coupe presque le souffle ! Impressionné par les moulures et les dorures, on admire les alambics rudimentaires utilisés par les moines, préservés dans d’antiques armoires en bois et flanqués d’anciennes bouteilles utilisées pour les lotions et potions, de listes d’ingrédients et de livres recelant les recettes originales. Le long des murs décorés de fresques, on découvre des étagères garnies de savons et de parfums dont certains seraient encore fabriqués selon les formules originales, vieilles de plusieurs centaines d’années.

Sur les vastes rayons et sous les plafonds somptueux, on trouve quelques 45 « Cologna » adulées par les parfumistas de la planète. J’ai aimé le Pot-Pourri Albarello, concocté à base d’un mélange secret d’herbes et de fleurs cueillies à la main dans les collines florentines puis macérées plusieurs mois dans d’immenses jarres en terre cuite selon une recette inchangée depuis 1508. Après une longue hésitation, je suis reparti avec Tabacco Toscano, un parfum de tabac blond doux et puissant aux notes de vanille fumée et d’ambre inspiré par les cigares toscans de la Manifattura di Lucca… et avec la ferme intention de revenir dans ce lieu sans pareil où la grande histoire rencontre la grande parfumerie.

Hervé Mathieu

Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella, Via della Scala, 16, 50123 Firenze.

Cosmétiques dangereux ? L’envers du discours

Le 22 février 2016, l’UFC Que Choisir diffusait une liste de 185 produits cosmétiques contenant des substances « préoccupantes pour la santé de leur utilisateur ». Une liste de dentifrices, déodorants, crèmes pour le visage, après-rasages ou soins pour les cheveux accusés de contenir des allergènes et des perturbateurs endocriniens et assortie de la ferme recommandation de ne plus acheter ces produits. 

toxic2La liste des produits incriminés a immédiatement été relayée sur tous les sites d’information et sur les réseaux sociaux, accompagnée de gros titres parlant de « toxicité » ou même de « produits dangereux ».

En répondant aux questions de certains amis qui ne travaillent pas dans ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une profonde méconnaissance sur ce sujet et que cette méconnaissance laissait le champ libre à des peurs parfois irrationnelles. J’allais me lancer dans l’écriture d’une explication pour ce blog quand je suis arrivé sur une réaction publiée sur LinkedIn par Alexandra Frégonèse, Présidente des laboratoires Innovi, qui résume bien la position des professionnels de la cosmétique. Afin de permettre à ceux que cela intéresse de se forger une opinion nuancée, j’en reproduis ci-dessous des extraits. L‘article complet est à lire ici.

Le premier sujet que soulève cette tribune est totalement passé sous silence dans la polémique lancée par l’UFC-Que Choisir alors qu’il est fondamental dès qu’on parle de dangerosité, c’est la question du dosage :

« Pourquoi négliger la notion d’exposition aux substances ? Faut-il reléguer les conclusions de Paracelse, aujourd’hui encore considéré comme le père de la toxicologie ? : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison. C’est dans la dose qu’est le poison. » La dose létale 50 (dose à laquelle 50% des individus exposés meurent) de l’eau est à environ 9 litres pour un homme de 80kg. Est-ce à dire que l’eau est toxique ?

Pourquoi faire des amalgames entre molécules irritantes, allergisantes et perturbateurs endocriniens ?
Si les molécules irritantes et les perturbateurs endocriniens concernent l’ensemble de la population, les molécules allergisantes ne concernent que les sujets sensibles. Non seulement nous ne sommes pas tous allergiques, mais si on factorise le fait que la majorité des allergies sont des allergies respiratoires, voire alimentaires pour 4% des adultes et 8% des enfants, ça limite grandement la portée de l’argument. Je comprends qu’il soit plus marquant de dire que 30% de la population est allergique sans faire le distinguo mais les cosmétiques ne sont concernés que par les allergies de contact, beaucoup moins importantes. Aussi, comparer des substances toxiques pour l’ensemble de la population à une réponse anormale et excessive du système immunitaire d’une fraction de la population sur-exprime le niveau de risque.

Pourquoi isoler les éléments de leur contexte général ?
On connaît tous les conséquences de propos sortis de leur contexte. La chimie ne fait pas exception. On prend le soin de dénigrer les molécules de façon isolé en faisant fi des interactions avec les autres éléments de la formule. Autant l’interaction de molécules non irritantes prises isolément peut éventuellement poser problème en synergie, autant une molécule irritante associée à d’autres substances peut ne présenter aucun danger. Les molécules du mucilage, de l’amidon, du sucre s’interposent par exemple entre les molécules irritantes. Les hydrocarbures, les silicones et autres molécules de haut poids moléculaire limitent la biodisponibilité cutanée et rendent certaines molécules irritantes inopérantes.

Alexandra Frégonèse conclut : « En Europe, la sécurité des produits cosmétiques et de leurs ingrédients est surveillée par le SCCS (Scientific Committee for Consumer Safety) qui évalue toutes les nouvelles données scientifiques et émet  des recommandations. La cosmétovigilance permet de recenser rapidement d’éventuels effets indésirables liés à l’utilisation des produits cosmétiques soumis aux contrôles permanents des autorités (DGCCRF et ANSM). La cosmétique bénéficie en outre d’un dispositif (REACH) en matière de protection de l’environnement. Alors de grâce, arrêtons de tirer sur l’ambulance. Même si les motivations sont bonnes, il arrive que le résultat attendu soit en marge de celui escompté. »

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Une position que l’on retrouve dans l’ensemble de la profession, par exemple dans les propos de Céline Couteau, maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie et Laurence Coiffard, professeur en galénique et cosmétologie à l’Université de Nantes, qui ont signé le 25 février une tribune sur le site The Conversation :

« Si nous aimons épingler les petits et gros travers de l’industrie cosmétique et tirer certaines sonnettes d’alarme à bon escient, il n’est pas raisonnable de créer une psychose vis-à-vis des produits dont nous avons tous le plus grand besoin », indiquent les deux scientifiques qui dénoncent « une information beaucoup trop alarmiste ». Elles répondent à l’enquête de l’UFC-Que Choisir : Le phénoxyéthanol ? « C’est un conservateur antimicrobien peu allergisant et peu irritant pour lequel L’ANSM a émis une recommandation concernant le pourcentage d’emploi ». Les perturbateurs endocriniens ? Des molécules qui sont « des millions de fois moins oestrogéniques que certains éléments que nous synthétisons nous-mêmes dans notre organisme et qui seront filtrés par notre barrière cutanée ». Avant de rappeler que la méthylisothiazolinone, connue en effet comme étant allergisante, est une molécule qui n’est de nouveau employée qu’à cause du procès fait aux parabens, faisant ainsi écho à ce qu’écrit Alexandra Frégonèse dans sa conclusion.

Des arguments moins simplistes et donc moins « efficaces » que ce qu’on lira sur les réseaux sociaux, mais qu’il est important de connaître lorsque l’on entend parler de la dangerosité d’un secteur qui est aussi, il faut le savoir, l’un des plus réglementés en Europe.

Hervé Mathieu

L’Homme de YSL, nouveau parfum des digital natives

Le 16 février 2016 est sorti le nouveau film publicitaire de L’Homme de Yves Saint Laurent signé par l’agence BETC. Surfant élégamment entre les époques et les images iconiques du luxe, il donne en cela certaines clés sur ce qu’est le luxe contemporain, à la croisée d’un passé mythifié et d’une modernité infusée de culture en libre accès.

Au premier visionnage, on remarquera dans ce film une bonne dose de ces ingrédients que l’on retrouve dans la quasi-totalité des publicités pour le parfum : un grand hôtel, une histoire de séduction entre deux inconnus, une belle voiture, le parfum comme déclencheur de désir et même le plan de la main qui se crispe sur les draps en ellipse du plaisir. Rien de très surprenant, ces images font partie d’une « grammaire » de la publicité pour ce type de produit. Mais en plus de ces figures imposées, on voit également qu’il est parsemé de références qui vont puiser dans une sorte de grande banque d’images collective qui couvre pas moins de soixante-dix années de symboles et de références puisées dans le cinéma et dans le lifestyle. Nostalgique ? Pas du tout. Ce nouveau film colle au contraire à la façon dont une nouvelle génération (celle des digital natives) voit et vit le luxe aujourd’hui.

Les premières secondes du spot nous laissent apercevoir un vieil appareil photo argentique, un service à whisky, une guitare. L’homme, trentenaire en jean slim et chemise blanche impeccable est musicien. Rock mais pas trop, tatoué mais pas trop, il écrit à la main sur un carnet Moleskine. Il monte à bord d’un cabriolet Mercedes 250 SL des années 60, la caméra le suit dans une ville des 70’s, puis sur une corniche qui a des airs de French Riviera. Pendant ce temps, la blonde héroïne, rejeton impossible de Bardot et de Birkin – tatouée elle aussi – se laisse séduire par les effluves laissées dans la chambre de l’homme tandis qu’une caméra Lelouchienne tournoie autour d’elle. L’homme revient sur ses pas pour récupérer son flacon de parfum et son carnet de notes, la demoiselle s’est éclipsée, voilà pour l’histoire.

En multipliant les références aux années 50 à 70, on pourrait penser que ce film se laisse aller à la nostalgie d’un âge d’or où les filles étaient plus blondes, les homme plus purs et la vie plus douce… Pourtant, Colin Tilley, jeune réalisateur Américain qui raconte qu’il a appris le montage vidéo grâce à des tutoriaux sur YouTube, a réussi à transmuter la nostalgie en énergie. Le superbe noir et blanc impeccablement ponctué par la pop néo-eighties de Aaron fusionne avec une grande élégance l’imagerie des Trente Glorieuses à des plans magnifiques, parfois filmés depuis des drones, le tout rythmé par un montage au cordeau formé à l’école du clip.

Ce film assume sans complexe son patchwork de références, sans chercher à tout prix à être moderne, et c’est en faisant cela qu’il y parvient. Colin Tilley et BETC composent ici une synthèse décontractée entre le passé et le présent, empruntant images et références aux différentes époques tout comme la génération émergente des consommateur de luxe pioche dans le catalogue infini de la musique et des images en ligne. A une certaine époque, Karl Lagerfeld citait un précepte de Goethe : « faire un meilleur avenir avec les éléments élargis du passé ». Cette maxime pourrait être le fil conducteur de cette publicité qui a certainement capturé quelque chose du nouvel esprit du luxe de ce jeune XXIème siècle.

Hervé Mathieu

Jean-Paul Gaultier nous invite en boîte

Avec le nouveau film publicitaire de 2016, les parfums Jean-Paul Gaultier nous proposent une expérience originale puisque nous sommes invités à prendre la place… du flacon, celui qui se trouve dans la fameuse boîte de conserve.

Petite prouesse technique et première du genre dans le secteur du parfum, le film est réalisé en vidéo immersive à 360°. Le spectateur se trouve ainsi projeté au cœur de cette Factory un peu folle où se concoctent les parfums de la Marque, mais une fois qu’elle a fermé ses portes. Placé de façon stratégique, il assiste alors à des saynètes drôles, surprenantes ou espiègles où se croisent les marins et les courtisanes emblématiques des deux lignes.

Pour ce spot événementiel, le réalisateur a eu recours à une prise de vue stéréoscopique qui rend l’expérience plus spectaculaire, le son a été spatialisé et les décors de l’Usine ont été reconstruits en 3D. On doit cette belle opération de communication à l’agence digitale Mazarine et à Okio Studio.

 

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