Tagué: Bougie parfumée

Une flamme en Brière

Il est rare que j’évoque ici mes projets professionnels, ne serait-ce que pour des raisons de confidentialité. Mais aujourd’hui j’ai eu envie de parler d’une réalisation menée en moins de 2 mois et qui a donné naissance à un joli produit, luxueux et parfaitement en phase avec l’univers de son commanditaire, le chef étoilé Eric Guérin.

Il s’agissait de créer une bougie parfumée à l’occasion des 20 ans de son hôtel-restaurant La Mare aux Oiseaux, implanté sur une île au milieu du parc naturel de la Brière. Il fallait imaginer en peu de temps une bougie qui soit à la hauteur de ce superbe établissement 4 étoiles, mais aussi et surtout qui soit en parfaite harmonie avec les valeurs et l’inspiration de ce chef talentueux.

Bougie Parfumée Mare aux Oiseaux 2Parce qu’il est passionné de voyages et particulièrement de l’Afrique, la boîte-cloche fut réalisée dans un épais carton couleur noir d’ébène rehaussé d’or à chaud. Parce que le respect de l’environnement est quelque chose d’important pour lui, je lui ai proposé une cire à base de soja 100% naturel, cultivé sans OGM et sans pesticide. Et enfin, parce qu’Éric Guérin aime passionnément la Brière où il fait pousser aromates et légumes, le parfum retenu évoque l’odeur typique de la feuille de tomate qu’on vient de froisser dans la paume de la main.

La bougie s’appelle « Mon Jardin en Brière » et sa senteur fait venir à l’esprit des images de nature qui perle sous la rosée, de cassis en note de tête, de menthe fraîche et de pomme verte en cœur et de musc blanc en fond. Un parfum à l’image de la cuisine d’Éric Guérin, nourrie de son terroir mais sans cesse réinventée.

Dans ce projet réalisé en un temps record, le calendrier a finalement été un allié, obligeant à aller à l’essentiel dans les choix techniques et créatifs. De son côté Éric Guérin a été un client idéal, décisionnaire avisé lors de la présentation des options créatives et confiant pendant le développement, permettant ainsi que ce petit projet soit synonyme de grand plaisir.

Hervé Mathieu

Cette bougie parfumée a été créée avec l’agence Ben&Jul pour le graphisme et le cirier Latitude Nature pour la fabrication, leur réactivité a été exemplaire. Elle est disponible au prix de 25 € pour les heureux hôtes de La Mare aux Oiseaux.

Bougie Parfumée Mare aux Oiseaux 1

Publicités

À la recherche du 2-temps perdu

Je suis toujours curieux des parfums étranges, ceux qui évoquent le fromage de Stilton, la pizza, le funérarium ou encore les sécrétions intimes féminines… Dans ce domaine, les Américains en particulier ne s’interdisent rien et ils le prouvent encore une fois avec une bougie parfumée qui rappelle… les gaz d’échappement d’un moteur 2-temps !

Amateur de motos de caractères, c’est en surfant sur le web que j’ai déniché cette bougie parfumée au concept atypique et au design sympathique, avec sa mèche en bois et sa boîte métal ornée d’un motif délicieusement rétro.

BougiesMotorcycle2Eric, le fondateur du concessionnaire moto américain Flying Tiger Motorcycles qui est à l’origine de ce produit, raconte que l’idée remonte à 2003. « Je participais aux Vintage Days dans l’Ohio. En attendant le début des démonstrations, je suis allé voir les entraînements des motos 2-temps. Il faisait froid et humide, et l’air était rempli d’odeurs d’essence et d’huile. J’ai remarqué deux hommes âgés qui se tenaient le long des barrières; ils avaient tous les deux les yeux fermés et, narines au vent, ils humaient avec un plaisir manifeste les émanation des motos sur la piste. J’ai pensé « Si seulement je pouvais mettre cette odeur en boîte ! ». Il aura fallu un an de travail au parfumeur, une jeune femme nommée Bettina dont le père était garagiste, pour parvenir à ce résultat qui incorpore de la véritable huile moteur sans que la bougie fume… ce qui est presque une contradiction !

Il peut sembler étonnant qu’on puisse aimer ce type d’odeurs a priori peu séduisantes et très éloignées des matières premières nobles de la parfumerie fine ! Qu’il me soit permis de raconter ici une anecdote : je donnais il y a quelques années une conférence devant les Anciens de mon École de Commerce, l’EM Lyon. À la fin de la conférence, j’ai fait circuler dans le public des mouillettes parfumées pour que chacun essaie de deviner les notes. J’ai commencé avec des notes de rose ou de banane, puis j’ai compliqué un peu avec du jasmin, de la fleur d’oranger et de la fève Tonka. Pour finir, j’ai donné sans prévenir des mouillettes imprégnées de civette, une odeur fécale puissante utilisée depuis toujours en parfumerie, mais en très petites doses. Tout le monde a sursauté sur son siège, fait la grimace, j’ai entendu ici et là des « beurk » et des « quelle horreur » ! Tout le monde… sauf un monsieur d’un certain âge qui humait la mouillette avec un plaisir manifeste. Intrigué, je lui ai demandé à quoi cette odeur lui faisait penser, il m’a répondu qu’il avait grandi près d’une tannerie et que cette odeur était celle de son enfance, celle des jours heureux et insouciants.

Notre rapport aux odeurs est en grande partie acquis. Les petites enfants ne savent pas d’emblée ce qui est bon ou pas, propre ou sale, et mis à part certaines odeurs qui provoquent une réaction universelle, notre appréciation olfactive est largement le résultat de notre histoire et de notre éducation, à l’exemple du Japon où le fait de porter un parfum trop présent est vécu comme une violation de l’espace personnel. Elle est aussi environnementale, puisque les parfumeurs l’ont constaté depuis longtemps : si la vanille est un parfum apprécié unanimement sur le globe, la perception même de certaines matières premières n’est pas la même selon qu’on se trouve en Amérique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient ou en Asie.

La globalisation de la culture, les voyages, la généralisation des matières premières locales par les marques internationales modifieront peut-être cela. Mais ce qui ne changera pas, c’est qu’en fonction de notre histoire et de notre vécu, notre madeleine de Proust personnelle aura parfois des relents de moteur à explosion ou de m***… et c’est très bien ainsi !

Hervé Mathieu

LCA_BougiesMotorcycle3_FB-640

(crédits photo : Comptoir Américain)