Les Parfums de la Bastide, fragrances anti-hipster

« Rien de nouveau à dire, mais le dire d’une manière nouvelle. » La profession de foi des deux fondateurs des Parfums de la Bastide est d’une rafraîchissante humilité dans le petit monde des parfums de niche.

Lorsqu’Anne-Cécile Vidal et William Bouheret m’accueillent dans leur showroom parisien du 16 rue de la Sourdière, je découvre un univers épuré aux couleurs de terre cuite, de gris et de chêne clair, très loin des clichés qui viennent à l’esprit dès qu’on prononce le nom de Provence. Il se trouve que c’est précisément leur souhait : valoriser l’héritage olfactif de cette région, berceau de la parfumerie française, autrement que par l’imagerie des cigales et des sachets de lavande pour le linge.

fondateur-parfums-de-la-bastide-anne-cecile-vidalfondateur-parfums-de-la-bastide-william-bouheretLe ton de l’entretien est tout de suite donné : les fondateurs de la marque ont un solide bagage dans le domaine du luxe et de la parfumerie fine (LVMH pour elle, Annick Goutal pour lui) et leur maîtrise du sujet est plus que convaincante. Ici, pas de confusion savamment entretenue entre les entrepreneurs et les parfumeurs, Anne-Cécile Vidal et William Bouheret ne formulent pas mais leur connaissance approfondie de la création leur a permis de choisir en toute connaissance de cause leur unique interlocuteur (le grassois Robertet) et de déterminer des critères où la haute qualité des matières premières et le respect de la création tiennent les rôles principaux.

La totalité des trente parfumeurs de Robertet a été sollicitée pour leur projet, chacun étant libre de participer et de proposer une ou plusieurs créations. Plus de deux cent propositions ont ainsi été reçues, parmi lesquelles n’ont été retenues que cinq fragrances. La sélection par le duo s’est faite au coup de cœur et les compositions ont été prises telles quelles, sans être retravaillées, afin de garder intacte l’intention créative du parfumeur.

Chaque parfum met en valeur une matière première emblématique du sud de la France. Je découvre ainsi Éclatant (citron de Menton), Insouciante (rose de Grasse), Exquise (figue du Luberon), Insolite (lavande de Sault) et Ardent (cèdre de Bonnieux). D’emblée, la haute qualité des formules me saute au nez. Les fragrances sont lumineuses et intenses, bien mises en valeur par une concentration minimum à 12%. Les principales notes sont très lisibles et elles défilent sous mon nez au fur et à mesure qu’Anne-Cécile Vidal me les détaille. Ici, pas de poudre de perlimpinpin ou d’ingrédient exotique ajouté en dosage homéopathique. L’authenticité prévaut et c’est au nom de cette même philosophie que les fragrances sont exemptes de colorants ou de filtres UV, pour que rien ne s’interpose entre la peau et le parfum.

La profession de foi des fondateurs est respectée à la lettre puisque les fragrances sont à la fois familières et surprenantes. Elles sont certes construites autour de matières premières ultra-connues, mais de telle façon qu’on a le sentiment de les redécouvrir, voire de les sentir comme jamais auparavant. À titre personnel, j’ai préféré Ardent, un cèdre épicé de muscade gourmand et racé et Insouciante, une rose Centifolia soulignée d’une touche de cassis, pétillante et d’une absolue modernité – une autre valeur revendiquée par la marque.

À l’instar du showroom, le packaging est sobre… peut-être trop, mais il est toutefois possible de choisir une présentation dans un beau coffret de chêne clair fabriqué dans le Jura. Quant aux noms des parfums, ils sont dans la même veine de simplicité, se démarquant là aussi de la tendance actuelle chez les grands noms de la parfumerie de niche. J’avoue pour ma part aimer les noms « lutensiens » et je suis donc resté quelque peu sur ma faim avec ces adjectifs qui me paraissent de surcroît difficiles à mémoriser.

Mais ces détails ne doivent pas faire passer à côté de l’essentiel. Il est clair que si vous aimez afficher votre singularité au travers d’une senteur-OVNI, cette marque n’est pas pour vous ! En revanche, ces fragrances bien construites et généreuses séduiront tous ceux pour qui la qualité, la tenue et l’intensité sont des valeurs cardinales.

Au final, les Parfums de la Bastide ne m’évoquent pas une maison provençale mais plutôt une de ces grandes demeures milanaises dont l’apparence extérieure est austère et la porte dépourvue de toute fioriture. Ce n’est qu’une fois qu’on y est entré que l’on découvre tout le faste et l’opulence qu’elle recèle.

Hervé Mathieu

(Les Parfums de la Bastide : 125 euros les 100 ml d’Eau de Parfum – 210 euros dans le coffret en chêne)

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