Romano Ricci, itinéraire d’un enfant parfumé

Quand on passe une heure sur le balcon d’un hôtel particulier avec Romano Ricci, fondateur de « Juliette Has a Gun », on peut s’attendre à l’inattendu. Avec raison.

Mardi 3 septembre, le créateur des parfums « Juliette Has a Gun » reçoit une quinzaine de blogueurs dans les salons de l’Éléphant Paname, à un jet de parfum de la place Vendôme.

Arrivés à l’heure (une habitude tellement peu parisienne), nous sommes accueillis par l’aréopage de jolies filles qui constitue la garde prétorienne de Romano Ricci et qui s’occupe de nous avec gentillesse et professionnalisme. Ce dernier nous invite à le suivre dans une des pièces où une jeune femme attentive grave sur le désormais fameux « bullet spray » rechargeable les mots que nous voudrons bien lui confier. Une délicate attention.

Devant nous sont alignées huit chaussures à talon-aiguille dans lesquelles il nous est proposé de humer toutes les fragrances de « Juliette Has a Gun » depuis sa création en 2007. Toutes ? Presque. Il manque à l’appel « Oil Fiction » et « Anyway », le nouveau parfum de la Marque dont la primeur aura été réservée à la presse. Huit parfums, huit histoires d’amour ? Romano élude avec élégance. On lui en devine beaucoup plus…

P1100070_nbChemise blanche, cravate noire et arborant le fameux chapeau qui lui donne un faux air d’Al Pacino, Romano Ricci est à la fois fidèle à son image et très loin de l’idée qu’on pourrait s’en faire. Il parle avec décontraction, main sur le cœur ou dans les poches de son jean. L’invitation de ce soir est bien sûr une opération de communication mais il paraît être le dernier à s’en soucier, racontant ses parfums comme il le ferait à des amis perdus de vue : Calamity J ? « un parfum de mec pour les femmes ». Citizen Queen ? « Un chypre assassin, animal… » Midnight Oud ? «  Personne ne l’a utilisé comme ça ». Miss Charming ? « Une fausse ingénue, une rose avec toutes ses épines ». Not a perfume ? « Du cétalox pur : un coup de folie ». Lady Vengeance ? « Une séductrice très sûre d’elle ». Romantina ? « Insouciante, mais avec un fichu caractère ». Mad Madame ? « Fusant, explosif ! ».

Mais l’assemblée de blogueurs est finalement peu bavarde et nous nous retrouvons à discuter avec lui, puis à aller prendre l’air (et boire une autre coupe) sur le balcon. Le tutoiement vient naturellement, Romano Ricci s’exprime sans détour. On s’attendait un peu à un marketeur quelque peu roué, on découvre un homme qui fonctionne à l’instinct, à l’envie. Un mélange complexe d’énergie et de questionnement.

On lui pose des questions mais il en pose presque autant, curieux de savoir comment on perçoit sa « Juliette ». Il parle de ses deux premiers parfums créés avec Francis Kurkdjian puis du moment où il a compris qu’il pouvait orchestrer lui-même ses fragrances et donner libre cours à sa passion des chyprés. Il explique son incapacité revendiquée à créer « sur commande », son côté rock’n roll dont nous aurons quelques illustrations cocasses pendant la conversation.

En découvrant l’homme on comprend petit à petit à quel point Juliette Has a Gun lui ressemble, dans son côté impulsif, entier, séducteur. De son aventure parfumée on glisse petit à petit vers son histoire personnelle. Il évoque son histoire familiale et sa volonté de s’en affranchir, puis d’autres choses encore… nous en garderons le secret. Sa sœur Antina nous a rejoints, Paris sous nos pieds est entre chien et loup. La compagnie est délicieuse et c’est bien là l’important.

Cette rencontre avec Romano Ricci symbolise en effet ce qui nous touche dans les marques dites « de niche » : la rencontre avec la personnalité d’un créateur, ce lien intime dont les grandes marques nous ont petit à petit privés depuis la transformation de la parfumerie fine en un phénomène de masse. Les parfums de ces jeunes Maisons recèlent une part de sincérité désormais disparue des produits maintes fois pré-testés des grands groupes internationaux. Des créations parfois imparfaites ou excessives, mais qu’à l’instar des êtres humains on aime (aussi) pour leurs défauts !

Mais trêve de réflexions… Le temps a filé, la nuit est tombée et l’air s’est rafraîchi sur le balcon. Il est temps de remercier nos hôtes pour leur charmant accueil et d’aller dîner place du marché Saint-Honoré sans craindre les mauvaises rencontres : grâce à notre balle en argent emplie de parfum, les loups-garous se tiendront à bonne distance !

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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7 Commentaires

  1. tupueslestyle

     » Il évoque son histoire familiale et sa volonté de s’en affranchir »: c’est tout de même étrange, dans ce cas, que ses origines soient justement l’argument N°1 des vendeurs de la marque (j’ai pu le constater pas plus tard que samedi après-midi).

    Néanmoins: jolie marque, joli univers, vrai décalage et ce qu’il faut d’autodérision pour sortir des sentiers battus en toute humilité.

    Un positionnement fort nécessaire de nos jours.

    • Hervé Mathieu

      C’est vrai que c’est paradoxal. On peut comprendre que les vendeurs expliquent la filiation du fondateur : c’est une façon de le situer pour ceux qui ne connaissent pas la marque, mais ça ne doit pas se substituer à l’explication de la personnalité de la marque elle-même.
      Ce qui est certain c’est que Romano Ricci a créé une identité originale et distinctive, qui rompt avec certains codes du secteur et qui va certainement trouver de plus en plus sa singularité au fil du temps, au fur et à mesure qu’elle sera moins dans l’opposition et plus dans l’affirmation de ses valeurs propres. Ce sera passionnant de voir ce qu’elle sera devenue dans cinq ans.

  2. Pingback: A la Saint-Valentin, Juliette s’offre à vous pour trois fois rien | Respirer, voir, toucher...
  3. Pidoux Anne

    Élégance,sincérité,envoûtement,enivrement de ces fragrances bien à l’image de leur beau créateur…Merci!

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