Le noir, cette (non) couleur du luxe

Rendons ici un petit hommage à cette couleur indissociable du luxe : le noir – ou plutôt à cette non-couleur, puisque le noir est en réalité l’absence de couleur.

Nombreux sont pourtant ceux qui y voient des nuances : il est plutôt marron ou plutôt bleu, plutôt froid ou plutôt chaud. On pensera à Matisse ou à Goya, bien sûr, mais aussi aux imprimeurs. Tous ceux en fait qui « font » la couleur, ceux qui la coulent sur le papier ou la toile dans une encre épaisse et en utilisant des pigments au maximum de leur densité. Car c’est par l’extrême concentration de couleurs qu’on reproduit l’absence de couleurs. Joli paradoxe.

artwork_images_476_348542_pierre-soulagesL’envie m’est venue en recevant un mailing du grand magasin Printemps. Ce mailing n’était que l’annonce des soldes et malgré tout, ce qui n’était qu’une publicité parvenait à être reçu comme un petit privilège alors que la promotion est, par essence, anti-luxe.

Mais là, rien de tout ça. Le papier était épais, avec une belle main, une belle tenue. Et puis il y avait ce noir velouté qui attirait la caresse et j’ai expérimenté le plaisir non seulement visuel mais aussi tactile que procure l’alternance des vernis brillant et mat, cette accroche fugace quand le doigt passe de l’un à l’autre.

J’ai flatté le papier couché noir mat, soupesé le document dans ma main, laissé vibrer les couleurs, l’argent et le rose fuchsia. Il est toujours étonnant de constater combien les couleurs réagissent bien sur le noir, comment elles prennent une autre intensité, une profondeur et une lumière à la fois.

Cet document publicitaire humble et éphémère était devenu, sous l’effet d’un design inspiré et d’une fabrication réellement haut de gamme, un objet qu’on avait envie de garder. Mat, noir et beau.

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

.

.(tableau de Pierre Soulages)

Publicités

3 Commentaires

  1. passionez

    C’est étonnant ce que vous dites! J’éprouve des sensations similaires face au noir qui reste pour moi une couleur même si elle est à part. Le noir est profond, élégant, mystérieux… J’adore les couleurs vives et gaïes mais je ne pourrais vivre sans noir. Le noir est unique, il sert de faire valoir aux autres couleurs, leur permet de jouer la vedette… Mais le noir ne se contente pas d’exalter les autres couleurs… Il vit une vie autonome également.

    Le noir attire, le noir fascine, le noir séduit,… énigmatique et dangereux noir…

    Le noir peut avoir plus de relief et de texture, il semble vivant, presque sauvage parfois…On veut se l’approprier, le dompter, le cajoler, l’amadouer…

  2. Darkunst

    ELOGE DU NOIR

    Le Noir…

    Mystérieux Défi à la Lumière.
    Symbole du Vide Cosmique.
    Anti-Entité du Plein.

    L’on parle en astrophysique de Matière Noire, d’Energie Noire, comme pour définir ce qui est Là sans pouvoir ni le nommer, ni le désigner, ni le définir, et encore moins se l’approprier.

    L’on parle en religion de Ténèbres, symboles de l’Inconnu et du Mal. Mais l’on ne peut employer proprement dit l’épithète « noir » sous peine d’être radical dans l’absolu, pourtant c’est bien celui-ci qui pointe et transpire derrière ces conceptions.

    L’on parle en électricité de Négatif, que l’on désigne systématiquement par le noir.

    L’on parle en littérature de Roman Noir, pour signifier l’évocation de moeurs criminelles et pathogènes de la condition humaine. On y associe aussi le Noir à la notion de romantisme, de décrépitude, de chute, de malédiction, de déchéance.

    L’on parle en physique de Lumière Noire.

    L’on parle en musique d’unité de temps, « la noire » ou « à la noire », et qui, en soit, désigne numériquement Une unité de temps, là où la blanche en désigne deux et la ronde quatre.

    L’on emploie l’adjectif noir pour désigner tout ce qui échappe à l’esprit humain, tout ce qui inquiète, menace, repousse, répulse – et pourtant peut fasciner, attirer, tenter, attiser.

    Dans les abysses sous-marins, la lumière de la surface n’y parvient plus du tout. On a longtemps pensé que la Vie était impossible là où n’est plus la lumière. Ô surprise ! L’étrange faune abyssale, dans sa majorité, a conçu un système de survie qu’est la bioluminescence. Preuve organique et biologique que, même au fond du Noir, la Lumière perdure, la Vie survit. Métaphore de la perpétuelle Survivance de l’Humanité à ses propres éclats de Noir dans sa douloureuse et chaotique histoire sur cette étrange boule « bleue » qu’est notre planète.

    Dans les cultures occidentalisées, le Noir est symbole de deuil, de mort. Là où du côté de l’Asie – cet Abîme de l’Occident -, ces symboles sont désignés par le Blanc.
    (Tout comme « notre » marche funèbre est nécessairement en tonalité « mineure », en Asie elle sera en tonalité « majeure »).

    René Magritte a matérialisé et peint la Lumière Noire.

    Moi-même, comme créateur sonore, j’aime travailler, malaxer, dominer et dompter cette étrange matière, peindre du Noir avec le Son dans le relief psychique de l’audition.

    Noir c’est Noir, et personne dans l’univers ne peut le nier, ni le renier – Jamais.

    Oui, le Noir est une texture, un velouté de l’esprit. Telle une peau psychique.

    D’ailleurs, ma propre surface épidermique, ma « peau », est désignée par noir, quand bien même elle ne l’est physiquement pas, car en réalité, une peau tirant vers le noir est celle de la Mort.

    d a r k u n s t 2 0 1 0

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s