Emouvantes effluves

J’ai été Chef de produits chez Chanel pendant 6 ans. J’étais en charge des parfums féminins, et non content d’avoir le privilège de « m’occuper » d’un mythe comme le N°5, il y avait aussi dans ma besace un parfum à naître.

Ce furent presque 4 ans de travail car le lancement d’un nouveau parfum féminin était un projet important : au-delà de l’enjeu commercial, c’était le regard de Chanel sur la femme des années 90 comme Coco l’était sur la femme des années 80. Pour citer mon patron, Christophe Juarez, « Chanel ne crée pas des parfums de mode, Chanel crée des parfums d’époque ».

En Avril 1996, Allure était lancé dans le monde entier. L’accueil était énorme, les ventes remarquables et la satisfaction du devoir accompli, immense. Pourtant, ce ne sont pas les chiffres de vente qui m’ont procuré l’émotion la plus intense.

Je ne sais plus comment j’ai eu entre les mains un livre intitulé « What is beauty » par Dorothy Schefer (éd. Assouline). En page 57, une femme nommée Amy Astley racontait que sa tante, déjà gravement atteinte d’un cancer, lui laissa un message urgent :

« Je viens de sentir quelque chose de MERVEILLEUX sur ta mère ! Elle m’a dit que c’était Allure et IL M’EN FAUT ABSOLUMENT ! »

Je vous laisse lire la suite :

« Je lui ai envoyé immédiatement ; nous ne nous sommes jamais reparlé jusqu’à ce que j’aille la voir sur son lit de mort, quelques semaines plus tard. Une après-midi, j’ai cherché dans sa pochette de maquillage quelque chose qui nous divertirait et je suis tombée sur ce flacon de parfum. Je l’ai vaporisé. Elle avait les yeux fermés, était épuisée et proche de la fin.

« Quelle merveille ! Quelle merveille ! » me dit-elle avec enthousiasme. « Je me sens tellement jolie. »

Bien sûr, le parfum est un business. Bien entendu, pour moi c’est un métier. Mais je n’ai jamais réussi à penser que c’était un métier comme les autres.

Quel autre produit peut en effet susciter une telle émotion, aller ainsi au plus profond de l’humain, procurer autant de plaisir et, parfois de bonheur ?

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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4 Commentaires

  1. Eleonore

    Très joli article …qui me touche d’autant plus que j’ai adopté COCO en 1984, puis ALLURE à sa sortie et surtout ALLURE SENSUELLE qui a une plus belle tenue et me correspond davantage (à partir du printemps, c’est CRISTALLE à qui je suis fidèle depuis sa sortie en 73 ou 74, c’est le seul parfum dont je ne me suis jamais, jamais lassée)….
    Et je suis d’accord avec vous, le parfum, c’est une émotion, un bouquet de souvenirs, qui reviennent intacts à la surface: pour moi, c’est magique et je ne peux m’en passer. Et grâce à des sillages, ça et là, je revis des moments enfuis ou revois des personnes qui portaient ces parfums, petits moments de bonheur, c’est vrai…

    • Hervé Mathieu

      Merci Eléonore pour votre commentaire élogieux. Je vois que vous êtes une femme Chanel, et c’est une Maison qui reste chère à mon coeur.
      L’odorat fait appel à une des zones les plus primitives du cerveau et c’est sans doute pour cela qu’il a autant d’emprise sur nos souvenirs et sur nos émotions.
      On n’oublie jamais le parfum d’une personne qui a compté.

  2. Snoopy

    Pour citer mon patron, Christophe Juarez, « Chanel ne crée pas des parfums de mode, Chanel crée des parfums d’époque ».

    Droits d’auteur, stp….

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