Odore di femina

Ceux qui ont lu « Le parfum » se souviennent des premières pages : Patrick Süskind y décrit un Paris suintant de miasmes et d’odeurs corporelles, une villle à l’hygiène déplorable qui préfèrait se parfumer pour couvrir sa propre puanteur plutôt que se laver. On le sait, c’est dans ce berceau nauséabond qu’est né le bel art de la parfumerie française.

Mais on se parfumait bien avant, dès l’Egypte ancienne, dès la Rome antique. On dit que le mot « parfum » vient « pro fumum », littéralement « se fumer », opération pratiquée par les prostituées qui parfumaient leur toison pubienne en se plaçant au-dessus de feux où brûlaient des bois odorants.

Par un amusant retournement de situation, ces odeurs qu’on voulait dissimuler, ces fragrances intimes qu’on maquillait de parfums se retrouvent aujourd’hui glorifiées au coeur d’un concept de parfum original : « Petite Mort » de Marc Atlan.

parfum_Petite_MortCet inconnu dans le monde du parfum a travaillé avec le parfumeur Bertrand Duchaufour pour créer ce parfum au concept radical dont la note centrale, concentrée à 100 %, est « le seul fluide corporel qui est sécrété uniquement grâce au désir et à l’activité cérébrale, […] cette substance insaisissable qui est produite par une femme au moment de l’orgasme« .

Un fluide dont le communiqué dit que « la pudeur empêche de dévoiler son processus de création, fait pour ne pas endommager la pureté du résultat…. »

Quelle que soit la part de la romance et de réalité  dans ce concept, « Petite Mort » ose ce que Etat Libre d’Orange n’a pas eu l’audace de faire : aller au bout de la démarche d’une parfumerie réconciliée avec la sexualité, avec l’animalité, avec la chair. Pousser la fonction érotique du parfum jusqu’à l’acmé de ce qu’il est réellement, ce substitut socialement acceptable d’une odeur de corps désirant et désirable.

Mais dans le monde de la parfumerie comme dans le monde réel, même le sexe a un prix… Les précieuses gouttes de désir dans chaque flacon de 10 ml sera vendu 1000 dollars, pour une quantité fabriquée de 100 pièces numérotées.

Une création culottée, et assez joliment.

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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7 Commentaires

  1. Corinne

    Un jus violet en plus, tout cela est très vénéneux …
    Je ne comprends pas l’intérêt de l’opération financière si le chiffre d’affaire se limite à 100 000 $ ?
    Ou alors c’est un teasing pour un lancement plus large et plus abordable ?

  2. Hervé Mathieu

    100 000 $ de CA, ce n’est déjà pas si mal si on imagine le prix de revient d’un tel produit. Même si la formule est complexe et coûteuse et qu’elle est concentrée à 100 %, les flacons ne contiennent que 10 ml. En plus, 100 exemplaires on peut les remplir soi-même à la main, et s’ils sont achetés en direct sur le net, la marge est double. Pour un projet « fait à la maison » (même si la maison est grande), ce n’est pas si mal.

  3. Pingback: Carburateurs, pistons et madeleines de Proust | Respirer, voir, toucher...

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