L’infiniment fragrant et l’infiniment petit

Si j’étais parfumeur, je crois que j’aurais une grande frustration à ne pas pouvoir reconstituer certaines odeurs qui sont parmi les plus répandues dans la nature : l’odeur de la pluie d’été sur les pierres chaudes, celle de la neige, celle de l’électricité statique qui crépite quand on ôte son pull…

Pour l’innocent que je suis toujours un peu – et que j’essaie de rester -, il y a un véritable étonnement à constater que ces odeurs si courantes sont si difficiles à recréer.

Et pourtant…

Qui n’a jamais été déçu en sentant un parfum d’ambiance censé évoquer le gazon frais, malgré la débauche de triplal ? Qui n’a jamais froncé le nez sur un parfum supposément marin, malgré la calone ? Qui n’a jamais espéré retrouver la nature dans une composition parfumée et n’y a trouvé qu’une caricature effectuée à gros traits ?

Mais je ne suis pas parfumeur… Alors mon explication de béotien est que ces odeurs apparemment simples sont en réalité d’une grande complexité. J’imagine que l’odeur de l’herbe fraîche qui nous parvient aux narines est faite de centaines de senteurs différentes, exhalées par chaque plante, chaque arbre, chaque rivière et chaque rosée du matin… J’aime croire que la pierre chaude qui fait s’évaporer les gouttes d’eau après l’orage est chargée elle-même de la nature autour d’elle, qu’elle emprisonne depuis des millénaires.

Je me représente ces odeurs comme des sortes de fractales olfactives dont on découvrirait de nouveaux méandres à chaque zoom du microscope – en l’occurrence le chromatographe en phase gazeuse.

Mais la neige ?… Deux molécules d’oxygène, une molécule d’hydrogène, ça ne devrait rien dire à notre nez… Et pour l’électricité statique et son piquant ozonique, O2 qu’est-ce que ça sent ??

Pour moi il y a là un mystère, et j’aime ce mystère. J’aime que la nature ne se laisse pas répliquer facilement, j’aime que le réel soit plus fort que la chimie et le talent humain réunis.

Après tout, il n’y a pas de senteur plus enivrante que la peau de celle ou celui que l’on aime. Cette part-là échappera toujours aux parfumeurs… et c’est très bien ainsi.

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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4 Commentaires

  1. Dubien

    Faute de temps je ne vous ai pas encore (re)parlé de Bas de Soie et son comparse, en revanche en lisant ce billet, je nous vois d’accord sur l’odeur de la peau, et celle de la pluie l’été. J’y reviendrai…

  2. CRETON Françoise

    je suis d’accord aussi pour dire toutes ces odeurs que notre nez raffole, on ne peut pas toutes les enfermer dans des flacons……

  3. Hervé Mathieu

    En effet, on ne peut pas, il y a toujours une part d’infiniment complexe dans les odeurs de la nature, cette multitude d’odeurs à peine perceptibles mais qui participent à la « note » globale. La nature est un parfumeur méticuleux et complexe…

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