Travelling without moving

Qu’on prononce le mot de parfum et c’est une fragrance dans sa version alcoolique qui vient spontanément à l’esprit. Mais l’art du parfumeur s’exerce sur bien d’autres supports, notamment avec la parfumerie d’ambiance.

Au fil des années, Fragrance Forward a piloté pour ses clients la création de plus de cinquante parfums de maison. Ces marques étant positionnées sur le haut de gamme, il était hors de question de considérer bougies, encens, huiles ou céramiques parfumées comme de simples « sent-bon » destinés aux appartements des étudiants qui n’ouvrent jamais d’autres fenêtres que celles de Windows…

A chaque fois, ces projets se sont révélés de remarquables moyens de raconter des histoires et des voyages.

Les lieux portent en eux des traces olfactives, des déclencheurs de réminiscences puissants. Ainsi, mon voyage dans les Cyclades il y a plus de vingt ans restera pour toujours associé à cette odeur intense et goudronnée qu’il y avait dans les maisons et qui provenait des meubles. J’ai su beaucoup plus tard que c’était celle du créosote.

Il s’agit là d’un souvenir tout à fait personnel, mais le pouvoir d’évocation des parfums est tel que le fait de ressentir cette odeur me replongerait instantanément dans cette atmosphère particulière, dans cette lumière dorée que connaissent ceux qui ont voyagé dans les îles grecques au mois de septembre.

J’ai souvent cette image un peu curieuse de maisons qui, sous l’action du parfum, deviennent des lieux à la Escher où l’espace et le temps sont bouleversés et où il suffit de passer une porte pour être projeté ailleurs. J’aime l’idée que le parfum puisse transporter du Népal santalé au Liban baigné de la fragrance de la fleur d’oranger, des Saint-Nicolas en pain d’épices de mon enfance au plaisir hautement parisien d’un macaron de chez Ladurée…

J’imagine le parfumeur qui crée des senteurs d’ambiance comme un architecte de l’invisible qui travaille autant avec les matières premières qu’avec les souvenirs.

Le parfum d’ambiance, pour paraphraser Shakespeare, pourrait donc lui aussi être fait de la même matière que les rêves…

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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3 Commentaires

  1. Dubien

    Quel beau métier vous faites… Architecte de l’invisible, l’essentiel y est, dans l’invisible, le superflu, le détail… Et le souvenir. L’odeur de la terre juste après la pluie, celle de la peau chauffée au soleil.

    • Hervé Mathieu

      Saint-Exupéry faisait dire au renard du Petit Prince que l’essentiel était invisible pour les yeux…
      Les odeurs dont vous parlez n’ont jamais été parfaitement reproduites par les parfumeurs, pas plus que celle du bitume chauffé après l’orage, également délicieuse.
      La nature est difficile à imiter… et c’est très bien comme ça !

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