Gagner moins pour gagner plus (IV) : l’impossibilité du cheap and chic

 

Quand la qualité a-t-elle donc cessée d’être « moderne » en parfumerie ??

La question m’est venue en re-sentant certains parfums de The Different Company. Je me suis dit que les jus créés par Jean-Claude Hellena étaient beaux, certes, mais difficiles du point de vue du marché. Il en est de même pour la collection « L’art et la matière » de Guerlain ou les Editions de Parfum de Frédéric Malle : ce sont des créations réalisées avec de belles matières premières et un savoir-faire indiscutable. Pourtant ces  parfums sont aussi, d’une certaine façon, « datés ».

Entendons-nous bien : je ne pense pas que les matières premières de synthèse soient le Mal et les matières premières naturelles le Bien. Mais on peut se demander comment l’industrie de la parfumerie a réussi à modifier à ce point le goût du public qu’un jasmin, une rose ou un patchouli soient aujourd’hui considérés comme ringards. Comment on en est arrivés à cette situation où les consommateurs apprécient et demandent des notes frustres et des compositions linéaires. Comment, en fait, on est parvenu à faire aimer ce qui coûte le moins cher…

Il suffit pourtant d’aller au Mondial de l’Automobile pour voir la foule se presser autour des stands de Ferrari, de Lamborghini ou d’Aston-Martin… Une population de tous âges et de toutes origines qui n’aura jamais les moyens de s’acheter ces voitures, une foule qui circule en 106 et en Logan mais qui rêve devant le beau, le superbe, l’inaccessible automobile…

La parfumerie a réussi à faire rêver les clients de Logan et de 106.

On le sait, parler de luxe dans la parfumerie où un flacon coûte en moyenne 70 euros est une notion très relative. Mais grignoter le prix des formules relève de l’imposture. Quant à avoir un packaging qui coûte dix fois plus cher à fabriquer que le parfum, c’est juste un contresens fondamental…

Hervé Mathieu – Fragrance Forward


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2 Commentaires

  1. cee

    Ahem again.

    Il est né en effet – sur le même processus que Mondovino dans le domaine des jus de raisins à boire – une mondialisation des jus, basée sur la demande du marché américain. ( les nippons qui sont des consommateurs susceptibles de faire évoluer n’importe quel marché sont le seul marché au monde à ne pas être sensible au parfum, ils n’en portent pas donc n’influencent pas, hélas…).

    Le marché américain a commencé à sévir du temps de la première version de Paris d’YSL, et son seul souvenir suffit à résumer toute l’affaire, de la rose, du jasmin, du patchouli.

    S’en sont suivies trente années peu glorieuses pour l’univers de la parfumerie, que des Frédéric Malle, à travers ses origines grassoises et son patrimoine culturel d’envergure, sont heureusement venus pourfendre.

    Il n’existe pas de Parker dans le parfum, il existe en revanche un nivellement par le bas qui lui est tout à fait équivalent, absence de culture oblige…

    La dernière grande marque a ne pas avoir résisté à ses sirènes excepté avec Chance, semble à travers son dernier masculin, avoir baissé les armes.

    Et ça, au-delà des sorties lamentables de la maison Guerlain à travers un de ses émissaires pathétiques, c’est un véritable drame…

    A bon renifleur…salut.

    • Hervé Mathieu

      Ahem à vous aussi.

      Le marché nippon influe tout le secteur du Cognac, la Chine et l’Inde orientent de plus en plus le marché du vin, la Russie pèse sur l’habillement de luxe tout entier et les USA, comme dans tellement d’autres domaines, imposent lentement mais sûrement un goût faussement universel.

      Chanel a déçu avec Le Bleu, que j’aurais tellement aimé aimer. Avec le jus (encore une fougère aromatique !) et plus encore avec la publicité. A ce stade un exercice de style sur le nombre de clichés qu’on peut placer dans un seul film : ceux des photographes qu’on voit mitrailler la « star » et ceux -encore plus nombreux- qui constituent cette histoire rabâchée de Rebel with a clause (contractuelle).

      Quant au raciste sénile auquel vous faites allusion, je suis pour ma part heureux que le masque soit enfin tombé. L’homme est odieux depuis toujours et seul l’aura de la Maison G. explique que personne ne s’en soit rendu compte avant.

      Ce qui montre que les belles marques française fascinent encore. C’est peut-être ici la seule bonne nouvelle…

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