Le flacon, l’ivresse et l’intention

Il ne s’agit pas ici de concurrencer Le Critique de Parfum à la salutaire dent dure, mais il y avait longtemps qu’un lancement de parfum ne m’avait pas donné envie. Or, la nouveauté de Van Cleef & Arpels a réussi à réveiller une curiosité un peu paresseuse ces derniers temps, et le mérite en revient avant tout à un beau visuel publicitaire et à un très beau flacon.
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oriensL’industrie du parfum est à la fois complexe et simple. Elle est complexe par ce principe d’incertitude qui fait que certaines belles créations tombent dans l’oubli tandis que triomphent des aberrations sans personnalité. Elle est bien souvent simple dans sa communication : la plupart du temps un packshot suffit à attirer l’attention et « Oriens » ne déroge pas à cette règle.
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L’arrivée des beaux jours a coïncidé, par une sorte de coup de pouce des cieux, avec l’apparition en affichage publicitaire d’une pocket symphony de couleurs apportant de la joie sur nos pupilles lasses. On y voit le flacon-bijou dessiné par Joël Desgrippes posé sur l’eau d’un paysage nimbé de soleil et auréolé de brume, tandis que le cabochon du bouchon (me permettant ici une petite allitération) flamboie, comme illuminé de l’intérieur.
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Passé la petite désillusion de trouver en réalité un bouchon plus éteint que sur le visuel, le désir était fort d’aller sentir si cet « Oriens » joliment orthographié allait tenir ses promesses d’horizons lointains.
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Un ami m’avait dit jadis qu’Interparfums (qui exploite la licence Van Cleef & Arpels) ne savait pas faire ses jus et que c’était son talon d’Achille. Aurait-il raison cette fois encore ?
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Hélas oui.
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« Oriens » se veut un Chypre modernisé et c’est un programme alléchant. Mais la modernisation en question consiste essentiellement en un enfouissement de la construction centrale sous des couches de notes fruitées, agrémentées de touches « empruntées » ici et là aux grands lancements de ces dernières années. Un édifice certes luxueux mais pesant et à l’omniprésente intention commerciale qui, comme bien souvent sur ce marché singulier, va à l’encontre du but recherché.
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Je n’insisterai pourtant pas sur cet aspect du produit, car j’ai plutôt envie de garder « d’Oriens » ma première impression. Celle d’avoir aperçu, l’espace d’un instant, le retour d’une parfumerie flamboyante et joyeuse, luxueuse et luxuriante. Comme avec « Féerie » en 2008, Interparfums a décidé de bien traiter Van Cleef & Arpels et de lui donner des robes à la hauteur de son histoire. Rien que cela mérite le respect.
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J’ai donc résolu de ne me souvenir que du flacon. L’ivresse viendra une prochaine fois…
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Hervé Mathieu – Fragrance Forward
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5 Commentaires

  1. Le critique de parfum

    Quel décalage en effet entre ce visuel enchanteur et ce jus qui pourrait être le dernier Escada.

    Y a-t-il un pilote chez Interparfums? Une monstruosité comme Lanvin L’Homme Sport n’aurait jamais dû être approuvée. Je suis sincèrement inquiet pour ces marques qu’on aime…

    Amitiés

  2. Hervé Mathieu

    Un ami à moi me disait un jour qu’Interparfums avait un gros talon d’Achille : ses parfums… Et de fait, je suis souvent frappé de voir combien les composants du mix produit de leurs différents lancements sont réussis et combien le parfum, pourtant essentiel, est décevant. Dommage pour les marques, dommage également pour Interparfums.

  3. Passionez

    Bonjour,

    C’est un plaisir de vous relire…

    J’ai parcouru avec attention vos derniers articles mis en ligne récemment et y reviendrai très certainement.

    Un petit commentaire sur Oriens d’abord. J’avais assisté à la présentation de ce lancement par InterParfums et tout comme vous, le visuel m’avait laissée une forte impression. Je me suis vite laissée entraîner vers ce pays exotique imaginaire. Le flacon à l’aspect lourd et flamboyant était de très bonne augure. Hélas, j’ai été amèrement déçue par sa matérialisation. Le bouchon qui semblait étinceler sur le packshot s’est révélé mat et presque « cheap » en réalité. Quant au jus, je n’y ai décelé rien d’extraordinaire. Une cruelle impression de déjà vu, pardon déjà senti.

    Alors oui, pour nous faire rêver, mais ce jusque dans la réalité…

  4. Hervé Mathieu

    Bonjour,

    C’est un plaisir de vous retrouver également. J’avais craint d’avoir perdu tous les lecteurs initiaux de ce blog par mon peu d’assiduité…

    Je constate que nous avons la même vision de ce produit, qui a failli être une réussite…

    Cela dit, Interparfums ne chôme pas puisqu’un nouveau lancement arrive déjà ! Un masculin dont on murmure que son jus serait une réussite. Mais j’ai bien peur que cette fois-ci, ce soit le flacon qui me laisse sur ma faim. L’avez-vous déjà vu ? Ou senti ?

  5. Passionez

    Bonsoir,

    Je n’ai hélas pas eu le temps de repasser sur votre blog avant aujourd’hui. Non, ne vous inquiétez pas, je n’ai pas perdu vos écrits de vue, mais effectivement, j’avais bien remarqué que vous délaissiez un peu la mise à jour. 😉 Ce n’est aucunement une critique car moi-même, comme vous avez dû le constater, je n’ai pas remis mon blog à jour depuis cet été.

    En plus de celui dédié exclusivement au parfum, je me consacre quotidiennement à l’écriture d’articles sur un autre blog. N’hésitez pas à y jeter un regard et à me donner votre avis…

    http://www.beaute-addict.com/blog-beaute/ni-blonde-ni-rousse-6091-0.php

    Pour répondre à votre question: je n’ai ni eu l’occasion de sentir ni de voir le nouveau masculin d’Interparfums.

    A bientôt…

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