Scents and drugs and rock ‘n roll

J’étais il y a quelques jours dans ce genre de concert où il y a suffisamment de « gros son » pour que l’on puisse ressentir physiquement la musique, par tous ses os et chaque centimètre carré de sa peau.

Un de ces rassemblements de masse aux allures de messe païenne où plusieurs générations s’immolent par la musique dans un mélange paradoxal d’autisme et de fusion collective.

L’énergie était palpable, physique, électrique. Le lightshow qui déferlait depuis la scène comme un tsunami et le mur de son qui frappait rythmiquement les corps extatiques étaient spectaculaires. Quelle intense sensation qu’un concert, l’un des derniers lieux où un certain excès est encore toléré, encore possible…

C’est en sortant de là que j’ai pensé que j’aimerais créer un parfum inspiré par le rock.

rocknroll_marquayPas un de ces produits sans âme, sans couleur et sans saveur sur lesquels on plaque le nom de telle ou telle star du moment (les Américains parlent justement de « flavour of the month »…), de telle chanteuse ou de tel rappeur, mais un parfum dans lequel on retrouverait quelque chose de cette force brute.

Un flacon qui  brûlerait les mains, un parfum qui brutaliserait les sens avec leur consentement, un nom qui claquerait comme celui d’un obscur groupe underground. Un parfum qui sentirait le souffre et évoquerait la sueur, le métal des amplis, la voix poussée dans ses extrêmes et la cocaïne des backstages.

Il y a des univers qui n’ont pas encore été exploités, ou qui l’ont été avec pusillanimité. Le rock en est un. Le vrai rock, pas celui d’un Black XS qui ne fait qu’en utiliser les codes visuels sans en capturer l’essence.

Le vrai rock glam et trash, celui de Kate Moss et de Pete Doherty, d’Amy Winehouse et des Stones de la grande époque. Celui des Doors. Celui des Kills.

Oui, j’appelle de mes vœux l’arrivée de parfums audacieux, purs, presque violents. Radicaux.

Mais dans une profession qui tremble aujourd’hui à l’idée de la moindre allergie cutanée, suis-je seulement réaliste ?

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

(illustration : Parfum « Rock n’ Roll » du parfumeur Marquay, stylisé par Salvador Dali – 1957)


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6 Commentaires

  1. passionez

    Je souhaite d’abord revenir sur le sujet du concert lui-même. J’adore l’ambiance électrique, pulsionnelle et libérée d’un grand concert mais je déteste être esclave du son. Ces derniers temps, les boîtes et lieux de concerts abusent côté décibels au détriment de notre santé et du bien-être. Je n’ai pas besoin d’être « frappée » par le son pour me sentir transportée par la musique.

    Concernant le parfum rock que vous souhaitiez voir créer, je comprends votre envie. Dans ces temps de parfums un peu trop proprets et lisses, trop consensuels, on cherche un parfum avec plus de caractère, plus « sale », plus choquant en quelque sorte. J’adorerais un parfum aux accents de Brecht comme vous dites! J’aime beaucoup la « Dreigroschenoper » (Opéra Quat’sous), toute de cynisme, de décadence et d’humanité malgré tout.

    Concernant mon blog, je vous remercie de votre intérêt et attend avec impatience vos commentaires!

  2. Hervé Mathieu

    La question est de l’adéquation entre ce qui nous est imposé et ce que l’on souhaite. Personnellement j’aime « ressentir » le son dans les concerts. Les sonos ont fait de gros progrès en qualité et il n’y a plus jamais de distorsion ou de saturation, qui me causaient le plus d’irritation. En revanche j’enrage dans ces bars ou restaurants où la musique est souvent trop forte pour que l’on puisse soutenir une conversation sans avoir à crier et tendre l’oreille. Récemment j’ai eu cette expérience au bar du Coste et franchement c’était pénible.

    Pour la suite, j’aime l’expression de « parfum sale », je l’emploie volontiers moi aussi. En parfumerie comme ailleurs, le lisse ennuie. Je me rappelle du patron d’une marque de parfum qui donna jadis comme brief à ses parfumeurs de faire « un parfum de pute ». Autre temps….

    Pour info, le parfum a été un succès, un des plus grands de la marque.

  3. faune

    Je serais curieux de voir un brainstorming pour ce parfum…
    « Un parfum sale, …et ironique, genre, parfum poudré-poudreux, scandaleux, qui pique le nez et fait tourner la tête, un parfum souffré-alumette, de transpiration et de cigarette. Un parfum « world tour » qui sent la station essence, le soleil qui tape sur la peau, qui chauffe… »

  4. Hervé Mathieu

    Bonjour Faune, et toutes mes excuses pour cette réponse tardive. Je devrais être plus assidû dans les prochains mois sur ce blog… Vous savez quoi ? Le brief que vous décrivez, c’est exactement le genre que j’aimerais écrire si un client le permettait et, sans aucun doute, le brief que beaucoup de parfumeurs aimeraient recevoir ! Avec à la clé, un jus sans doute singulier.

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