L’Ombre dans l’Eau

Se parfumer est toujours un petit cérémonial. Un rituel, une suite de gestes associée à certains moments particuliers.

Pour aller en rendez-vous professionnels, je porte souvent L’Ombre dans l’Eau de Diptyque. Il y a dans ce geste la volonté de délivrer un message olfactif discret, celui d’un élitisme de bon aloi que mes prospects reconnaîtraient…

Mais au-delà du message, il y a un vrai attachement à cette eau de toilette que je porte depuis maintenant quinze ans. Rarement, il est vrai, mais avec constance.

Les premières notes qui parviennent au nez sont complexes. Pas une cavalerie de notes hespéridées sans nuances comme souvent, mais au contraire une suite joyeuse de notes vertes qui arrivent -remarquablement- à ne pas être stridentes.

Les notes de têtes sont, par définition, passagères. Dans L’ombre dans l’eau elles se volatilisent comme par enchantement, laissant derrière elles l’équivalent d’une persistance rétinienne.

Pour avoir la suite de la composition, il faut résolument s’approcher – et tout y invite. On est alors récompensé par la révélation d’une rose élégante, un peu serrée, et d’une feuille de cassis qui assume une certaine âpreté, un arrière-plan rugueux et minéral qui se loge dans le haut des fosses nasales.

Le parfum évolue alors avec lenteur vers une évocation de bouquet de fleurs légèrement passées, juste d’un ou deux jours, et c’est cette impression d’où la rose se détache toujours qui va faire la signature de L’Ombre dans L’eau.

Une composition d’une exemplaire simplicité qui réussit là où tant d’autres échouent. Quelque chose d’un peu mélancolique, comme le souvenir d’une magnificence passée.

Et dans cette idée même, peut-être quelque chose d’une grande actualité.

Hervé Mathieu – Fragrance Forward

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6 Commentaires

    • Hervé Mathieu

      Il est toujours un peu triste de voir disparaître des parfums, des parfums qui disparaîssent c’est un peu comme une bibliothèque qui brûle…
      Merci de votre commentaire et de vos encouragements, en tant que premier visiteur je ne pouvais rêver mieux !

  1. B

    Bonsoir,

    Je viens de découvrir votre blog en recherchant une boutique en ligne proposant L’Ombre dans l’eau…je viens en effet de casser un flacon pratiquement neuf. J’ai égalent le même rituel que vous…je le porte de temps en temps, pour certains rendez-vous. L’odeur de ce parfum me rappelle le jour où je suis entré la première fois dans la boutique Diptyque de St Germain. Le responsable de la boutique me fit sentir ce parfum dont le nom était selon lui aussi mystérieux que mon regard…bon vendeur n’est-ce-pas…?

    • Hervé Mathieu

      Bonjour à vous,
      Merci de passer ici par hasard et de laisser un message par volonté.
      Vous nous racontez un moment où se sont conjugués un produit original et rare, un lieu à forte personnalité et surtout un interlocuteur qui a su trouver des mots qui vous ont parlés. Les gens de marketing (dont je suis) appellent cela une « shopping experience ». Je préfère dire une rencontre, ce genre de rencontre dont on se rappelle et qui créent des liens … qui n’existent pas que dans l’univers amoureux.
      Bon vendeur, oui, certainement, mais aussi beau produit. J’espère que vous avez trouvé la boutique.

  2. Agnès Frouté-Mfayokurera

    Too bad, j’adorais ce parfum, certes un peu spécial. Que penser d’un jardin après la Mousson.
    je viens de lire ‘le journal d’un parfumeur » de Jean-Claude Ellena. Absolument génial et inspirant …pour moi, pas du tout dans le monde du parfum.

  3. Hervé Mathieu

    Bonjour Agnès, bienvenue ici !
    Pourquoi too bad ? L’Ombre dans l’Eau reste au catalogue, lui. Spécial, oui, incontestablement. Et pour cette raison-là, la noblesse de la parfumerie. Sais-tu que près de 400 nouveaux parfums sont lancés chaque année ? Dans cette pléthore, combien sont de vraies créations ? Art difficile, certes, mais si les musiciens savent faire de nouveaux morceaux avec 8 notes, les parfumeurs devraient pouvoir créer de la nouveauté avec 1400 matières premières… et si l’oreille accueille la nouveauté avec plaisir, pourquoi le nez ne saurait-il pas le faire ?
    JC Hellena sait remarquablement écrire, peut-être même mieux encore qu’il sait composer. Ce qui n’est pas peu. Son écriture est d’ailleurs assez proche de sa façon de créer des parfums. Dans une salutaire économie, dans la recherche du mot juste et de la simplicité.

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